"L’école de la République mérite mieux qu’un champ de bataille, et sa jeunesse mérite d’être entendue"
Tout est parti, le 17 septembre, du lycée Saint-Exupéry à Créteil, où des élèves ont rejoint leurs enseignants pour dire ce que chacun, dans l’Éducation nationale, sait depuis des années sans que rien ne change : qu’il manque des professeurs et des personnels, que des bâtiments tombent en ruine, que les classes et les emplois du temps débordent. Il n’y avait là rien de révolutionnaire ni d’idéologique, seulement la demande, d’une banalité presque désarmante, d’étudier dans des conditions dignes.
Trois semaines plus tard, des centaines d’établissements ont été perturbés, des proviseurs agressés, des adolescents grièvement blessés, et chacun, d’un plateau à l’autre, a trouvé dans ce mouvement la confirmation exacte de ce qu’il pensait déjà. Jamais l’on n’aura autant parlé de la jeunesse, et jamais on ne l’aura aussi peu entendue.
Quatre lectures, aucune écoute
Le gouvernement a choisi une réponse à deux visages : il ouvre une plateforme de concertation et reconnaît que certaines revendications sont légitimes, mais accélère dans le même temps l’examen d’un projet de loi « casseurs-payeurs » et dénonce une manœuvre de LFI, comme si des milliers d’adolescents avaient attendu un mot d’ordre partisan pour constater que leur lycée manquait de professeurs. Cette lecture est réductrice, mais elle reste dans le cadre républicain.
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On ne peut pas en dire autant de celle qui s’exprime plus à droite. Lorsque Bruno Retailleau estime que la question de l’interdiction de LFI « se pose », il franchit une ligne qui devrait alarmer tous les démocrates, quoi que l’on pense des méthodes et des outrances de ce mouvement, car l’on ne combat pas un adversaire politique en le dissolvant, on le combat en le battant. Et ceux qui excusent par principe tout usage de la force, jusqu’à porter la loi dite de présomption de légitime défense, desservent les policiers et les gendarmes eux-mêmes, dont la légitimité repose sur l’exemplarité et non sur l’impunité.
En face, une partie de la gauche radicale ne voit dans cette séquence que la démonstration d’un État répressif, en oubliant au passage les proviseurs molestés et les établissements incendiés, comme si l’indignation ne pouvait regarder que d’un seul côté. Et dans une partie de l’opinion militante s’installe l’idée qu’une manifestation, ça casse, que c’est presque dans l’ordre des choses : c’est........
