Troisième vitesse
Les parents rassemblés en cette soirée de rentrée n’en croyaient pas leurs oreilles. Ils avaient inscrit leurs bambins dans une école secondaire publique, oui, mais en prenant bien soin de les placer, contre paiement supplémentaire, dans un programme enrichi d’arts-études. Mais voilà que la directrice, qui s’était exceptionnellement présentée à la rencontre parents-enseignant, pressentant l’orage, était au regret de leur annoncer que le nombre d’inscrits dans le programme — moins de 20 — était insuffisant pour faire en sorte que le groupe suivrait, ensemble, la totalité des enseignements prodigués.
Pour atteindre le nombre requis, il faudrait laisser entrer dans ce conclave d’artistes en herbe un certain nombre — cramponnez-vous — d’étudiants « réguliers ». Dans la structure de castes scolaires érigée au Québec depuis un demi-siècle, les « réguliers » sont les intouchables. Ceux qui n’ont ni assez de talent ni assez d’argent pour accéder aux castes supérieures. Si les autres classes sont enrichies, les leurs sont appauvries. Car c’est avec eux, aussi, qu’on parque les enfants qui souffrent de problèmes médicaux et comportementaux divers, et dont la proportion peut atteindre 30 % par classe. C’est chez eux, finalement, qu’on trouve le plus de profs à bout de souffle, ces candidats au décrochage enseignant, phénomène qui frapperait un jeune enseignant sur cinq.
Les parents des jeunes artistes connaissent parfaitement cette situation. Surtout à Montréal, ils n’ont accepté d’inscrire leurs enfants à l’école publique que s’ils étaient certains que leur bambin ne serait en contact avec cette plèbe qu’occasionnellement, dans la cour d’école ou à la cafétéria. Dans plusieurs écoles secondaires, ils ne se croisent même pas dans les corridors,........
