Raymond Aron à travers ses mémoires (II)
C’est la raison, disait-il, qui nous apprend la vérité. Mais en même temps, Raymond Aron était un homme de cœur. Il souffrait de voir la France, sa patrie, en décadence. En 1940, alors que plusieurs intellectuels s’enfuyaient, il rejoignit l’armée, demandant à combattre dans les chars. Mais la défaite de la France le mit sur la touche. On lui confia alors des tâches administratives dans lesquelles il se crut inutile. Il décida de gagner l’Angleterre, où il se mit au service du général de Gaulle. En bien d’autres occasions au cours de sa carrière, il intervint pour défendre des causes humanitaires.
Quant à son idéal d’objectivité, il confessait avoir éprouvé de la difficulté à l’honorer. Il se disait « émotif, passionné de nature » et regrettait que, parfois, il n’eût pas laissé à son « intellect le monopole de la parole ». Il faisait peut-être allusion à la colère qu’il manifesta au moment du coup d’État orchestré par les colonels grecs. Par ailleurs, il croyait à « la puissance des mythes dans l’Histoire » (il donnait Israël en exemple).
Un de ses biographes a évoqué « l’infinie complexité de cette âme tourmentée ».
Vers la fin de sa vie, il s’interrogeait sur sa carrière d’intellectuel, qui l’avait éloigné de l’action. Il doutait de l’avoir conduite « raisonnablement ». Il éprouvait la « frustration de celui qui voudrait agir par la plume » et s’interrogeait sur « l’efficacité de la parole raisonnable ». Il est tout de même parfois parvenu à influencer la politique de quelques chefs d’État, dont le président Kennedy. Il avait l’oreille des dirigeants britanniques et de quelques........
