Raymond Aron à travers ses mémoires (I)
Comme la plupart de ses contemporains l’ont reconnu, Raymond Aron fut un grand penseur servi par une rare érudition, un esprit vif qui excellait dans le dialogue comme dans la polémique, un professeur captivant, à la fois intellectuel et scientifique à l’aise sur plusieurs terrains (sociologie, philosophie, économie, philosophie de l’histoire, épistémologie).
C’était un homme des Lumières échappé dans le XXe siècle, un siècle qu’il a chevauché dans sa plus grande partie, lui qui est né en 1905 et décédé en 1983. Il fut tour à tour, ou simultanément, enseignant, journaliste (il a écrit environ 4000 éditoriaux, surtout pour Le Figaro) et conseiller des puissants de ce monde. On peut en prendre la mesure en plongeant dans ses Mémoires chez Robert Laffont.
Un idéal : l’objectivité
Dans une fonction comme dans une autre, son idéal était l’objectivité telle qu’il l’entendait : n’avoir que la raison pour guide, réprimer les émotions, les inclinations du cœur, ne s’en remettre qu’à l’autorité des faits confirmés par une analyse approfondie, prudente, sans compromis. Tous ses écrits en portent la marque. On peut y voir une réaction à la France des années 1930 et 1940 qui lui semblait emportée par trop d’émotions, trop de passions. La prise sur le réel en souffrait, il fallait y remédier. Il savait qu’il provoquait. Il adhérait à la maxime de Montesquieu : « Être vrai partout, même sur sa patrie. »
C’était aussi un réaliste (d’autres disaient « cynique »). Il tenait pour un fait l’immoralité « inévitable » de toute politique étrangère. Sur un plan plus personnel, il disait : « La dévotion me fait horreur […] je ne supporte pas de me courber […],........
