La 80e Festival d’Avignon dévoile sa programmation et met la langue coréenne à l’honneur
Le directeur du Festival d’Avignon, Tiago Rodrigues, a dévoilé la programmation du 80e festival d’Avignon, forte de 47 spectacles, promettant des découvertes en langue coréenne, du répertoire revisité, et quelques dystopies.
Une pensée pour le peuple libanais sous les bombes, et une autre, toute particulière, pour l’artiste beyrouthin Ali Chahrour, fidèle du festival. Quelques mots de solidarité ont ouvert la présentation de la 80e édition du Festival d’Avignon par Tiago Rodrigues, placée, face aux troubles du monde, sous le signe du questionnement, avec l’empreinte d’un poing dessinant un point d’interrogation en guise d’affiche.
Après une année 2025 entachée par le départ du directeur délégué Pierre Gendronneau suite à des signalements de violences sexistes et sexuelles, ainsi qu’un focus sur la langue arabe en deçà de sa promesse, le 80e festival d’Avignon revendique donc de remettre ses certitudes de côté au long d’un programme riche de 47 spectacles, soit cinq de plus que l’édition précédente, dont vingt-sept sont signés par des femmes.
Isabelle Huppert dans la Cour d’honneur
Comme prévu, la langue coréenne sera mise à l’honneur, dans 21 % des spectacles. Parmi eux, des signatures inconnues du public français, comme Kyung-Sung Lee, dont le spectacle Island Story raconte la répression sanglante du soulèvement communiste de 1948 sur l’île de Jeju, ou Lee Jinyeob et les danseurs en apnée de MULJIL. Jaha Koo, au talent déjà confirmé, donnera à voir dans trois pièces, son théâtre aussi ludique que politique. Les mots de Han Kang, , prix Nobel de littérature 2024, résonneront de la bouche d’Isabelle Huppert, en majesté dans la Cour d’honneur, sous la direction de Julie Deliquet.
Carolina Bianchi effectuera un autre triplé avec sa trilogie Cadela Força, dont le premier épisode, brillant, avait été présenté au lycée Aubanel en 2023. Le dernier opus, Uma Luz Cordial, fera partie des rendez-vous attendus de l’édition, et poursuit la recherche de la Brésilienne autour de l’acte d’écrire.
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Pour ce qui est de la danse, Trajal Harrell fera son retour avignonnais, trois ans après le sublime The Romeo, avec Music Music ; Mathilde Monnier et Lucie Antunes mêleront le mouvement au Silence ; Katerina Andreou et le collectif Carte Blanche monteront une pièce pour quatorze interprètes, How Romantic, alors que Boris Charmatz interprétera Muette en soliste. Côté cirque, Johann Le Guillerm amènera à Villeneuve en Scène l’époustouflant et évolutif Terces, aux côtés d’une exposition au Fort Saint-André, et le collectif XY devra dompter la cour d’honneur en fin de festival.
Julien Gosselin, Christiane Jatahy et Wagner Moura
L’été avignonnais sera aussi l’occasion de voir revivre des textes et des auteurs du répertoire. Julien Gosselin ouvrira la cour d’honneur avec les cinq heures annoncées de Maldoror, croisant les écrits de Lautréamont et de Bolaño. Christiane Jatahy s’allie à Wagner Moura, acteur propulsé par L’Agent Secret, pour Un procès — après l’ennemi du peuple, inspiré d’Ibsen. L’artiste de pansori coréen Lee Jaram dira Tolstoï, et dans un autre registre, le conteur burkinabè Étienne Minoungou mêlera Édouard Glissant et Sony Labou Tansi dans L’intraitable beauté du monde.
Thésée trouvera Sa vie nouvelle avec Valérie Dréville et Guy Cassiers, alors que Gwenaël Morin montera Électre pour son rendez-vous annuel dans le jardin de Jean Vilar. Il y aura deux Hamlet, celui, itinérant, de Thibault Perrenoud, et sa version méta avec Ben Duke, tandis qu’Andrea Jimenez fera passer le casting du Roi Lear aux candidats Denis Podalydès et Éric Ruf. Enfin, les flamands de tg STAN monteront trois Molière dans 1, 2, 3 Poquelin.
Pour les écritures contemporaines, on s’intéressera à Tiphaine Raffier, dont L’hyper-présence aborde la fin de vie assistée, Muriel Imbach, qui signe le seul spectacle « tous publics » du festival, Ahmed El Attar avec Salma, mon amour, ou le brillant théâtre anticolonial de Salim Djaferi avec Bâtir. Inclassable, Vanasay Khampommala jouera deux spectacles intimes et tendres. Enfin, ce n’est pas anodin, trois artistes habiteront la dystopie : Rébecca Chaillon, dont la Parabole du Seum prend pour décor le 93, Marion Siéfert et son Bunker dans une France à + 5°C, et la performance visuelle Everything must go de Forced Entertainment.
Dans un contexte économique de plus en plus difficile pour le théâtre public, le Festival d’Avignon ne produit plus de spectacles à lui seul et fait appel plus que jamais au mécénat pour financer ses spectacles. La prolifération des logos des entreprises partenaires saute désormais aux yeux. Tiago Rodrigues et son équipe composent avec les contraintes qui s’imposent à eux. Mais cette incursion du privé dans le service public de la culture, dont Avignon est un emblème, nous souffle que ce futur que l’on craint, on y est déjà un peu.
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