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Quand le mythe d’un féminisme préhistorique est rattrapé par la dure loi des mammifères

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06.05.2026

Notre époque étant ce qu’elle est, il y a des titres qu’on imagine vite se muer en réquisitoire. Prenez Pourquoi les Amazones n’existent pas, de Véra Nikolski et Nicolas Pichoff, par exemple. Quelle vilaine intention camoufle-t-il ? Pourquoi s’en prendre à ces femmes guerrières, cavalières, chasseuses, libres, splendides, les cheveux au vent et le patriarcat sous le sabot ? Pourquoi aller piétiner cette préhistoire consolatrice pour beaucoup de féministes, ce paradis perdu, leur âge d’or d’avant la chute, leur Éden sans Adam, sans envie de phallus ni côte surnuméraire ?

La réponse de la politologue de formation et du physicien de métier tient en peu de mots : parce que c’est faux. Ou, plus exactement, parce que rien ne permet d’en faire autre chose qu’un mythe, une exception, un fantasme militant nourri d’une poignée de cas montés en épingle et à la truelle herméneutique. Comme le détaillent Nikolski et Pichoff, les théoriciens du « matriarcat primitif » ont l’habitude de prendre des tombes avec armes, des récits antiques ou des indices archéologiques épars pour des preuves d’un monde disparu où les femmes auraient chassé et guerroyé à l’égal des hommes.

Sauf que de telles données restent incertaines, souvent anecdotiques, et l’ethnographie comme l’archéologie ne parviennent pas à renverser le consensus d’une division tout à fait sexuelle du travail dans les sociétés ancestrales comme traditionnelles – la grande nouveauté étant la modernité née de la révolution industrielle, que Nikolski avait traitée dans son remarquable Féminicène.

Avec Pourquoi les Amazones n’existent pas, qu’elle raconte né de ses discussions avec Pichoff suscitées par son précédent et premier ouvrage, le but est de comprendre pourquoi, durant l’immense majorité de l’Histoire, les hommes ont été assignés aux tâches dangereuses – chasse au gros gibier, guerre, maniement des armes létales – et les femmes aux activités compatibles avec la reproduction, l’allaitement, le soin des petits et la survie quotidienne du groupe. Autrement dit, que la division sexuelle du travail n’est pas un caprice tombé du ciel, ni un complot masculin mondial fomenté depuis la grotte de Lascaux, mais bien plutôt le fruit de contraintes matérielles, démographiques, logiquement évolutives et, de ce fait,........

© Le Point