menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Chronique | Salut, l’«incel»

18 0
02.07.2026

Tu sais quoi ? Je pense que c’est bien que la poussière soit retombée un peu avant que je t’écrive. Dans la tragédie et la mort, les émotions sont trop fortes pour qu’on s’écoute.

Ça fait un moment que tu m’inquiètes. Depuis bien avant que le minable qui n’a pas besoin de publicité s’en prenne au sacré de la vie humaine, à Côte-des-Neiges. Je te vois qui te radicalises dans tes coins sombres d’Internet.

J’aimerais qu’on se parle de ta solitude et de ton besoin d’amour. Au fond, si tu dois retenir une chose, c’est ceci. Soit tu peux aimer une femme, soit tu peux essayer de la contrôler. Mais l’intimité émotionnelle, la vraie, demande une vulnérabilité incompatible avec le pouvoir. Des générations d’hommes contrôlants ont « eu » des femmes — légalement, avec l’appui des institutions de leur société — sans jamais combler la solitude profonde qui les gangrène.

Tu as besoin d’amour, donc, mais tu cherches à posséder. Tu es assoiffé et on te fait miroiter une eau qui te fera l’effet d’une poignée de sable. On doit se parler de propriété et de possession, parce que c’est là-dessus qu’on a le plus déconné depuis dix jours.

Dans A Small Place, l’autrice antiguaise Jamaica Kincaid a eu cette phrase qui m’a marquée à vie : « Tu sais pourquoi les gens comme moi sont gênés d’être des capitalistes ? Eh bien, c’est parce que depuis qu’on se connaît, nous avons été le capital, au même titre que les balles de coton et les sacs de sucre. »

Ces gens dont Jamaica Kincaid parle, ce sont les personnes d’ascendance africaine, issues de l’esclavagisme dans les Amériques.........

© Le Devoir