L’art est un souffle, l’IA un bricolage
L’art tel qu’on le conçoit est une invention plutôt récente.
Le ars, artis latin correspond au techne grec. Étymologiquement, on parle de la maîtrise d’une technique, d’un savoir-faire ; c’est ainsi que la tapisserie est un art comme le sont la menuiserie, la médecine, etc. La peinture, la musique et l’écriture aussi, bien sûr. Mais pas plus.
Sans grande surprise, avec le temps, on se mettra à les catégoriser et à les hiérarchiser ; on parlera d’arts mécaniques, d’arts libéraux, et, à un moment donné, des beaux-arts. C’est une étape significative. Les beaux-arts s’éloignent de l’art, au sens premier du terme, et de sa fonction utilitaire immédiate, pour l’amener vers l’idée d’agrément, d’idéal esthétique, de performance exceptionnelle. Il s’agit d’une quête toujours plus grande de la maîtrise du matériau, que ce soit le langage, les notes, les pigments, le marbre. Il devient presque une fin en soi.
Mais c’est au XIXe siècle que l’art coupe vraiment les ponts avec métiers et artisanat. Sans minorer l’importance de Schelling, de Kant ou du romantisme dans cette métamorphose, il se trouve qu’elle advient au moment où des machines commencent à remplacer cols bleus, hommes de métier et artisans, une première étape avant que l’intelligence artificielle (IA) ne puisse se substituer aux cols blancs, compteurs et conteurs en tout genre. Je ne pense pas que cela tienne du hasard, si l’art a choisi ce moment pour se faire l’affirmation de notre humanité, de notre identité, de notre singularité. L’art devient alors un témoignage, et son essence est d’exprimer sentiment, récit, identité, critique et représentation du monde « tel........
