Xavier Timbeau : « Le frein à la transition écologique n’est pas budgétaire, il est politique »
Malgré un été de canicules, de sécheresse et d’incendies, la transition écologique ne figure pas dans les priorités du projet de loi de finances (PLF) pour 2027 présenté le 1er octobre dernier. Il prévoit certes une quasi-stabilité de la mission Ecologie, mais des enveloppes sont amputées. Surtout, l’enjeu n’est pas de stabiliser mais d’accroître l’effort public.
Selon l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), les investissements publics et privés pour décarboner l’économie française devraient augmenter de 87 milliards d’euros par rapport à 2024 pour tenir les objectifs de 2030, dont au minimum 18 milliards d’effort public.
Comment réaliser un tel effort avec un déficit public à 5 % et des taux d’intérêt en hausse ? Pour Xavier Timbeau, directeur de l’Institut français d’économie (ex-OFCE), l’obstacle n’est pas tant budgétaire que politique. Fiscalité, dette, règles européennes : il détaille les leviers possibles.
Que vous inspire le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 au regard de nos objectifs climatiques et environnementaux ?
Xavier Timbeau : L’environnement n’est clairement pas la première des priorités affichées. Il y a d’abord la réduction du déficit, puis la dépense militaire, puis d’autres fonctions régaliennes comme la justice, et l’éducation. Certes, l’environnement n’est pas présenté comme un volant d’économies, mais il a reculé aux dernières places dans l’agenda des objectifs. Par crainte que le PLF ne soit pas voté, le gouvernement adopte une posture très défensive et reporte ce sujet à la prochaine présidentielle.
Globalement, l’enveloppe du ministère de l’Environnement est stable, selon la ministre. Mais quand on regarde dans le détail, des crédits de paiement diminuent. L’Ademe perd pas mal d’engagements. MaPrimeRénov’ est « recentrée », c’est-à-dire à nouveau réduite. Il y a des suppressions de postes. Certes, le Fonds vert passe de 0,8 à 1 milliard d’euros, mais il était de 2,5 milliards en 2024.
Enfin, la loi de finances ne fixe pas tout : au moment de l’exécution, le droit fiscal permet à l’exécutif de décréter des coupes qui passent plus inaperçues. C’est ce qui s’est passé avec MaPrimeRénov’ l’an dernier. Cette pratique pose une question de démocratie budgétaire, mais la pression sur l’administration pour réduire le déficit est très forte.
Au final, ce budget n’est pas encourageant, mais ce n’est pas non plus une défaite en rase campagne.
Il s’agit pourtant moins de sauver les meubles que d’accroître les engagements. Est-ce un renoncement ?
Il n’y a effectivement pas d’ambition écologique dans ce PLF, pas de réponse à la situation d’urgence. Ajoutons que la politique environnementale ne se limite pas à la dépense et à la fiscalité : ce sont aussi des signaux prix, des normes, des politiques sociales d’accompagnement qui sont insuffisants par rapport à nos objectifs.
Notre politique de baisse de nos émissions de gaz à effet de serre va donc patiner. Même chose pour l’adaptation au changement climatique, dont la séquence de l’été a montré à quel point ce sujet polymorphe était devenu pressant : prévention des incendies de forêt, adaptation des bâtiments aux chaleurs extrêmes, assurance des dommages… Le bilan de la sécheresse agricole de 2026 risque d’être désastreux, avec des agriculteurs au bord de la faillite et des indemnisations pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliards d’euros pour cette seule année. Ce chantier gigantesque n’apparaît pas dans le PLF, qui évoque l’achat de quelques avions pour éteindre les incendies. C’est un peu décalé.
Ce budget s’inscrit dans la paralysie politique née de la dissolution de 2024. La fracture à l’Assemblée nationale sur la question de l’écologie s’est beaucoup approfondie. Résultat : on gère les affaires courantes depuis trois ans
Ce budget s’inscrit dans la paralysie politique........
