Quand les réseaux sociaux incitent les jeunes femmes à tourner le dos à la pilule contraceptive
La pilule contraceptive est en recul. En France, désormais, chez les femmes de 18 à 49 ans, le dispositif intra-utérin (DIU, surnommé « stérilet ») est désormais le moyen de contraception le plus utilisé.
Autour de hashtags comme #MyPillStory, les réseaux sociaux sociaux deviennent des points de ralliement numériques pour partager des expériences sur la pilule. S’y développe une soi-disant contre-expertise face au discours médical, sans que soit vérifiée la fiabilité des informations diffusées.
Une étude, fondée sur des entretiens ainsi que sur l’analyse des espaces numériques que représentent les réseaux sociaux, décrypte cette tendance qui aide les femmes à reprendre le pouvoir sur leur corps, mais qui risque de les détourner d’une prise en charge prodiguée par des professionnels de santé formés au conseil, à l’accompagnement et à la prévention en matière de contraception.
Depuis plus de soixante ans, la pilule contraceptive orale combinée (COC) s’est imposée comme le symbole ultime de la libération féminine : une innovation médicale majeure ayant dissocié sexualité et procréation, et profondément transformé le paysage social du XXᵉ siècle.
Pourtant, dans les arènes numériques des réseaux sociaux, cet héritage semble aujourd’hui systématiquement remis en cause. Un bouleversement majeur est en cours dans la manière dont les jeunes femmes perçoivent les risques pour la santé, l’autorité médicale et même la chimie de leur propre corps.
Le recul de la pilule contraceptive
Les données sont sans équivoque. En Europe occidentale, les taux de prescription de la pilule chutent fortement. En Allemagne, les chercheurs ont même forgé un terme pour décrire ce phénomène : Pillenmüdigkeit, ou « fatigue de la pilule ». Entre 2011 et 2018, l’usage de la pilule diminue, par exemple de 16 % chez les jeunes Allemandes, tandis que l’utilisation du préservatif augmente nettement. Au Danemark, entre 2010 et 2019, on observe une forte diminution de l’utilisation de la pilule. Elle est compensée, mais seulement de manière transitoire, par une augmentation du recours aux méthodes contraceptives réversibles de longue durée d’action, notamment les dispositifs intra-utérins hormonaux.
En France, on constate également un recul de la pilule contraceptive. Le dispositif intra-utérin est devenu la méthode la plus utilisée (par 27,7 % des femmes de 18 à 49 ans qui avaient recours à un moyen de contraception), suivie par la pilule contraceptive (26,8 %) et le préservatif (18,6 %).
Qu’est-ce qui a changé ? La réponse réside dans la « construction sociale des dangers », alimentée par l’ère des réseaux sociaux.
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