menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

« Ils sont parmi nous » : la nouvelle plateforme de la Maison‑Blanche et la déshumanisation des sans‑papiers

28 0
03.08.2026

En mai dernier, l’administration Trump a mis en ligne un site permettant de repérer et d’arrêter les sans-papiers sur le territoire national.

En mai dernier, l’administration Trump a mis en ligne un site permettant de repérer et d’arrêter les sans-papiers sur le territoire national.

Jouant de l’ambiguïté du terme éponyme aliens, cette plateforme traduit la politique anti-immigration de Washington en un dispositif mêlant divertissement de science-fiction et surveillance à grande échelle.

Jouant de l’ambiguïté du terme éponyme aliens, cette plateforme traduit la politique anti-immigration de Washington en un dispositif mêlant divertissement de science-fiction et surveillance à grande échelle.

L’analyse linguistique de ce site met en évidence un procédé numérique de déshumanisation des sans-papiers, présentés comme des menaces dissimulées qu’il conviendrait de débusquer et d’expulser.

L’analyse linguistique de ce site met en évidence un procédé numérique de déshumanisation des sans-papiers, présentés comme des menaces dissimulées qu’il conviendrait de débusquer et d’expulser.

Lancée le 29 mai 2026, la page web Aliens.gov semble tout droit sortie d’un film de science-fiction. Son univers visuel convoque un imaginaire nourri de secrets, de vie extraterrestre, de dossiers confidentiels, de vérités dissimulées et de mythologie des ovnis. La page est composée de couleurs sombres, de lettres vertes lumineuses et de références à des informations « déclassifiées ». Le tout est couronné d’une formule dramatique : « Ils marchent parmi nous. » Le lecteur est invité à parcourir une interface à la fois ludique et conspirationniste, comparable au générique de la série X-Files.

Puis vient le rebondissement : l’objectif n’est pas de divulguer des informations déclassifiées concernant l’existence d’une vie extraterrestre ; les « aliens » en question sont… les migrants en situation irrégulière qualifiés, en lettres capitales, d’« ILLEGALS » (« CLANDESTINS » en français).

Ce glissement de sens constitue le principal ressort de la rhétorique de la page. Il repose sur le double sens du mot « alien », qui désigne à la fois un non-citoyen sur le plan juridique et, dans le langage courant, un extraterrestre. En convoquant d’abord ce second sens, avant de le rediriger vers les migrants en situation irrégulière, la page vise à enrober une catégorie juridique dans une atmosphère d’étrangeté, de secret et de menace.

De « non-citoyen » à « non-humain »

Avant même que la page n’avance le moindre argument, un seul mot en a déjà façonné le sens.

Qualifiez quelqu’un de « migrant sans papiers » et le lecteur pensera peut-être à la législation, à la paperasse administrative ou à la politique de gestion des frontières. Qualifiez cette même personne d’« alien », entourez ce mot d’images d’ovnis, et une image différente apparaît : non pas un individu doté de sa propre histoire, mais une présence étrange et dangereuse qu’il convient de détecter.

C’est là que commence le travail de déshumanisation. La page n’a pas besoin d’affirmer que les migrants sans papiers sont moins qu’humains. Elle affaiblit leur statut de personne en les présentant d’abord comme une catégorie menaçante plutôt que comme des personnes ayant des noms, des voix, des familles, des motivations, des parcours.

Les travaux de Nick Haslam sur la déshumanisation aident à comprendre ce mécanisme. La déshumanisation peut priver les personnes d’une pleine reconnaissance en tant qu’humains en les représentant comme des êtres semblables à des animaux, à des machines, à des objets ou dépourvus de qualités associées à la........

© The Conversation