J'ai lu l'autobiographie d'Ophélie Winter et ça m'a redonné la foi
J'ai lu l'autobiographie d'Ophélie Winter et ça m'a redonné la foi
Pour écrire «Résilience», la chanteuse a su s'entourer. Ça donne un livre sensible, souvent passionnant, qui en dit long sur ce que doivent subir les jeunes filles, qu'elles soient stars ou non.
Temps de lecture: 9 minutes
Nous arrivons à l'épisode 6 de cette série et je sais ce que vous vous dites: de Julien Lepers à Didier Barbelivien en passant par Michel Sardou, pourquoi ne s'être plongé que dans les mémoires de vedettes masculines? La réponse tient en plusieurs points. Tout d'abord, c'est réellement en arpentant au hasard les rayonnages de bouquineries que j'ai choisi mes lectures; or je suis tombé sur une majorité écrasante d'autobiographies écrites (ou coécrites) par des hommes.
Cette tendance peut d'ailleurs interroger: est-ce là une anomalie statistique? Les maisons d'édition ont-elles davantage tendance à accorder leur confiance (et à faire des chèques) à des hommes? Ou ceux-ci sont-ils tout simplement plus nombreux à avoir l'audace de croire que raconter chaque détail de leur existence va susciter l'intérêt du public? Mystère.
Il y a une autre façon d'expliquer pourquoi, jusqu'ici, cette série était monopolisée par les hommes. Pour employer le jargon des médias audiovisuels, les hommes sont souvent de «bons clients». Ils mansplainent à tout-va, ne craignent pas de passer pour de vieux réacs ou pour de gros boomers, n'hésitent jamais à invisibiliser les femmes ou à brandir des propos sexistes en étendard. Dans leurs livres, il y a donc généralement de quoi se moquer et s'indigner, deux des mamelles de cette série de l'été –qui sait aussi être tendre.
Les célébrités féminines, elles, prêtent tellement le flanc à la critique qu'il semble plus malvenu de les dézinguer à la moindre énormité. Attendues au tournant, elles sont sans cesse ramenées à leur physique, et lorsqu'elles ont le culot d'émettre une opinion, elle se font au mieux traiter d'idiotes, quand elles ne reçoivent pas des pelletées d'injures sexistes voire de menaces de violences. Aucune n'a donc besoin qu'un quadragénaire chauve de plus vienne s'en prendre à elles.
Ravages de la surécriture
Mais voilà: je suis tombé sur l'autobio d'Ophélie Winter et je n'ai pas pu résister. Il faut me comprendre: quand le titre «Dieu m'a donné la foi» est sorti, j'avais 11 ans. Je suis alors tombé en pâmoison devant son interprète. Bizarrement, je n'ai pas acquis le CD 2 titres de cette chanson, me contentant de visionnages multiples de son clip sur M6. En revanche, un an plus tard, je cassais ma tirelire pour me procurer le single «Le feu qui m'attise», pas le meilleur morceau de la chanteue, mais que voulez-vous: on ne fait pas toujours les bons choix, surtout à cet âge-là.
C'est donc en ex-fan transi que je me suis attaqué à Résilience, dont il est clairement indiqué qu'Ophélie Winter l'a écrit en collaboration avec une certaine Pauline Bonnefoi. C'est d'ailleurs le principal reproche que l'on peut faire au livre, même s'il est tout à fait judicieux de la part de la chanteuse d'avoir choisi d'être accompagnée dans cet exercice –et de ne pas chercher à le dissimuler, contrairement à tant d'autres–: on n'y retrouve jamais vraiment le ton et la gouaille de l'interprète de «Shame on U».
À travers son rapport à sa mère, ancien mannequin obsédée par le physique et la féminité, c'est son rapport à son genre et à son statut de fille qu'Ophélie Winter interroge régulièrement.
Une simple phrase croisée dès la deuxième page suffit à résumer le style pas très winterien de Résilience: «Pour rendre possible cet avenir idyllique, je dressai à dix-huit ans un plan quinquennal», écrit le tandem Winter-Bonnefoi. Alors certes, quand Vincent Lagaf' écrit comme il parle sur 432 pages, sans jamais faire le moindre effort, c'est très très long et très très très irritant. Mais entre cela et le ton artificiellement soutenu de l'autobiographie d'Ophélie, il........
