En Syrie, l'Opéra de Damas veut tourner la page des Assad: rencontre avec son nouveau directeur
En Syrie, l'Opéra de Damas veut tourner la page des Assad: rencontre avec son nouveau directeur
L'Opéra de Damas, institution culturelle renommée et étroitement associé au régime Assad, a été quasiment à l'arrêt pendant un an après la chute du dictateur syrien. De nombreux défis attendent son nouveau directeur, nommé il y a deux mois.
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30 octobre 2026 à 6h55 – Édité par Manon Michel
Yasser Al-Ayoubi, petit homme énergique en chemise blanche, ajuste ses lunettes, feuillette un petit livret, plongé dans ses réflexions, avant de lancer: «Il va falloir changer tout le règlement de cet Opéra. Depuis sa création, il a été un outil au service de la dynastie Assad. Asma el-Assad (ndlr, la femme de Bachar el-Assad) s'en est servi comme d'une vitrine pour promouvoir une image favorable du régime auprès de l'Occident», raconte le nouveau directeur de l'Opéra de Damas, nommé le 17 août 2026 par le ministère de la Culture syrien, en remplacement du chef d'orchestre Missak Baghboudarian, jugé trop proche de l'ancien régime.
«Le régime baathiste tenait à maintenir l'Opéra en activité pour donner l'impression qu'il n'y avait pas révolution dans le pays et que la vie culturelle se poursuivait normalement, comme l'affirmaient les médias d'État», poursuit celui qui été brièvement directeur général par intérim de l'Opéra en 2009. Diplômé des arts du spectacle à l'Institut supérieur d'art dramatique de Damas, il a aussi travaillé comme ingénieur sur le chantier de construction de l'Opéra de Damas, plusieurs années avant son inauguration.
Après avoir fui la Syrie au début de la féroce répression des manifestations populaires du printemps 2011, il s'est exilé dix ans au Qatar. Il y devient directeur du théâtre Abdel Aziz Nasser, à Doha, au sein duquel il met en scène plusieurs productions théâtrales. Il quitte le Qatar pour s'installer au Canada en tant qu'immigrant en 2020, puis décide de retourner en Syrie en janvier 2025. «J'ai voulu revenir pour que mes enfants vivent dans leur pays. Il y a aussi tellement de choses à reconstruire en Syrie», confie-t-il. Sa première action sera de changer la dénomination du bâtiment. Officiellement appelé «La Maison Al-Assad de la culture et des arts», il deviendra simplement «l'Opéra de Damas».
Un lieu au service des Assad
Situé sur la vaste place des Omeyyades, derrière un haut portail, l'imposant édifice aux façades claires et aux lignes épurées –d'où émergent deux grands cubes de béton– se dresse au cœur des symboles du régime Assad: à deux pas de la radio et la télévision nationales, de la Bibliothèque nationale et du bâtiment de l'état-major des armées, dont la façade a été éventrée par une frappe israélienne en juillet 2025. Sa construction a été lancée en 1971, très peu de temps après le coup d'État de Hafez el-Assad, mais n'a été achevée qu'en 2004, alors qu'une inauguration prévue en 1999 a été reportée à la suite d'un incendie qui a ravagé........
