Se mutiler volontairement pour sortir des tranchées, le pari risqué de dizaines de poilus en 1914-1918
Se mutiler volontairement pour sortir des tranchées, le pari risqué de dizaines de poilus en 1914-1918
Afin d'échapper aux boucheries de la Première Guerre mondiale, des dizaines de soldats français s'infligent des blessures volontaires dès les premières semaines du conflit. Retour sur un phénomène méconnu de la Grande Guerre.
Temps de lecture: 5 minutes
26 juillet 2026 à 13h00 – Édité par Émile Vaizand
Le soldat français Henri Bascoul, du 272e régiment d'infanterie, fait les cent pas dans une tranchée de première ligne. Autour de lui, quelques frères d'armes fumant la pipe, une marmite fumante de soupe pâle, un brancard taché de sang noir. Scènes quotidiennes d'une vie de tranchées qui s'enracine. Le jeune poilu préfèrerait être ailleurs. Alors, ce 8 octobre 1916, à la nuit tombée, il attrape son fusil et pose sa main gauche sur le canon. Puis il appuie sur la détente. Diagnostic du corps médical: «perforation par balle de l'annulaire gauche». Henri sera hospitalisé un mois. Puis condamné à sept ans de travaux publics.
Ce soldat coupable de mutilation volontaire –du moins, c'est l'avis des tribunaux militaires– n'est pas seul à avoir recours à de telles extrémités. Dès le début de l'automne 1914, alors que la Première Guerre mondiale dure depuis à peine un mois, médecins et officiers signalent une vague de mutilations parmi les poilus du front (le premier cas signalé date même du 10 août 1914, soit sept jours après la déclaration de guerre). Confrontés à l'horreur des combats, les hommes n'ont plus la fleur au fusil. Ils ont constaté de leurs propres yeux la violence des assauts, ont reniflé l'odeur des corps pourrissants. Les tranchées cicatrisent et les poilus se voient dans les yeux morts de leurs camarades d'infortune, entombés dans la boue de septembre.
Scarifiés… ou sacrifiés
Comment éviter un tel sort? En se blessant juste assez pour être mis hors d'état de combattre et être transporté vers un poste de secours à l'arrière. Les témoignages de poilus sont nombreux à évoquer cette «fine blessure» ou........
