Une start-up affirme avoir créé des spermatozoïdes humains en laboratoire, une révolution
Une start-up affirme avoir créé des spermatozoïdes humains en laboratoire, une révolution
Matthias Troude – 27 avril 2026 à 7h55
Paterna Biosciences dit pouvoir produire des gamètes fonctionnels à partir d'un simple prélèvement testiculaire, avec l'espoir de traiter certains cas de stérilité masculine.
Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur WIRED
Si elle est avérée, la prouesse pourrait révolutionner la médecine et résoudre bon nombre de cas de stérilité. Paterna Biosciences, une start-up de l'Utah, aux États-Unis, revendique la fabrication de spermatozoïdes humains fonctionnels en laboratoire. Les embryons générés à partir de ceux-ci seraient également viables. Leur technique? Prélever dans le tissu testiculaire les cellules souches responsables de la production de spermatozoïdes, puis les amener à se développer à part entière en laboratoire. Le procédé, dévoilé par le média WIRED, n'a pas encore été vérifié par des pairs.
«Le but est de créer des milliers de spermatozoïdes à partir d'un simple prélèvement de tissu», s'exclame Alexander Pastuszak, cofondateur et patron de Paterna, par ailleurs urologue et professeur de chirurgie à l'Université de l'Utah. L'entreprise fait valoir son fort taux de réussite dans la fabrication de spermatozoïdes sur des douzaines d'échantillons de tissu. «Les premiers essais montrent que ces spermatozoïdes in vitro semblent identiques à la version naturelle», dit Alexander Pastuszak. Reste que la technique n'est pas encore prête pour lancer de vraies grossesses, et les tests en ce sens pourraient débuter dès 2027.
Dans la nature, les cellules souches en question mettent plus de deux mois pour devenir des spermatozoïdes matures, et plusieurs étapes compliquent toute copie en laboratoire. Elles sont d'abord produites dans les tubules des testicules, puis vient la méiose, c'est-à-dire leur double division pour former des cellules comportant 23 chromosomes. C'est à ce moment-là que le spermatozoïde se dote d'une tête et d'une queue pour se déplacer. Il apprend à nager, en quelque sorte, dans une autre partie des testicules. Le voilà enfin prêt pour rejoindre l'éjaculat libéré par le canal déférent.
Cette vie trépidante constitue autant de «mécanismes de contrôle très stricts, raconte Alexandre Pastuszak. Mais nous avons réussi à comprendre toutes les instructions nécessaires pour élever les cellules souches en spermatozoïdes normaux et matures.» Paterna a, dans un premier temps, essayé de développer les tubules testiculaires en laboratoire, sans succès. C'est finalement la culture des cellules souches dans des éprouvettes qui a fonctionné. Les scientifiques se sont appuyés sur la biologie computationnelle pour prédire les signaux moléculaires décisifs dans la formation des spermatozoïdes. Il a ensuite fallu tester plein de combinaisons de molécules jusqu'à trouver la bonne formule.
Entre 5.000 et 12.000 dollars la procédure
Si la spermatogenèse en laboratoire agite la recherche depuis près d'un siècle, les réussites s'accélèrent ces quinze dernières années. Des chercheurs japonais ont été les premiers à produire des spermatozoïdes viables de souris en 2011. Mais pour les humains, c'est plus compliqué: une entreprise française, Kallistem, affirmait avoir réussi la spermatogenèse humaine in vitro en 2015. Sauf que d'autres scientifiques ont remis en doute la viabilité de ces spermatozoïdes artificiels… Et Kallistem n'a jamais prouvé leur capacité à féconder un ovule.
Le sujet passionne car dans la moitié des cas d'infertilité, le problème vient des hommes: leurs spermatozoïdes peuvent être trop peu nombreux, avoir une forme anormale, ne pas nager assez vigoureusement… Entre 10% et 15% des hommes stériles n'en produisent tout simplement pas. C'est ce groupe de personnes que Paterna cible.
Ces hommes ont beau ne pas avoir de spermatozoïdes, ils possèdent tout de même les cellules souches nécessaires à leur fabrication. Or, les résultats de Paterna confirment ce qu'indiquaient déjà d'autres études: les cellules souches ne sont pas fautives; c'est le microenvironnement autour d'elles qui crée la stérilité. En reproduisant la version saine de cet environnement en laboratoire, on pourrait donc produire des spermatozoïdes fertiles.
«En ce qui concerne l'infertilité masculine, les cas les plus délicats sont bel et bien les hommes qui ne produisent pas de spermatozoïdes, confirme à WIRED Ryan Flannigan, un chirurgien spécialisé dans le prélèvement de spermatozoïdes à Vancouver (Canada), sans lien avec Paterna. On peut témoigner de la charge émotionnelle subie par ces individus et leur couple.»
Pour ces hommes, l'intervention chirurgicale est effectivement l'une des rares options. Elle vise à prélever les spermatozoïdes dans le tissu testiculaire. La manœuvre peut durer jusqu'à quatre heures, sous anesthésie générale, sans certitude de réussite. Si Paterna parvient à fabriquer les spermatozoïdes in vitro, l'étape de la chirurgie sera remplacée par une petite biopsie dans le bureau du médecin. L'entreprise commencera ensuite la spermatogenèse in vitro après réception de l'échantillon. En revanche, comptez entre 5.000 et 12.000 dollars (entre 4.200 et 10.000 euros environ) d'ici un éventuel remboursement, en France, par la sécurité sociale.
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