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Pourquoi le mont Athos, en Grèce, est-il interdit aux femmes (et aux animaux femelles vertébrés)?

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Pourquoi le mont Athos, en Grèce, est-il interdit aux femmes (et aux animaux femelles vertébrés)?

[L'Explication #294] Une histoire d'«abaton», d'empereur byzantin et de chasteté qui ne tient qu'à un fil.

Temps de lecture: 4 minutes

2 novembre 2026 à 6h55 – Édité par Manon Michel

Imaginez des moines vivant dans des monastères centenaires, isolés dans le nord de la Grèce, sur une péninsule escarpée qui s'enfonce dans la mer Égée. Bienvenue au mont Athos, une enclave spirituelle où le temps semble s'être figé… et ce n'est pas qu'une façon de parler.

Car si l'envie vous prend de visiter ce lieu singulier, il se pourrait que vous tombiez de haut: celle que l'on surnomme la «Sainte Montagne» est tout bonnement interdite aux femmes. Une règle stricte, sortie d'un autre âge, qui s'étend aux jeunes filles et même… aux animaux femelles vertébrés. C'est quoi ce bazar? Explication.

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L'interdiction faite aux femmes d'accéder au mont Athos, qui abrite vingt monastères orthodoxes et de petites communautés religieuses, porte un nom: l'abaton. Un terme grec qui désigne, grosso modo, un lieu dans lequel il est interdit d'entrer. Ici, l'objectif est simple: réserver cette péninsule aux hommes.

Cette règle ne date pas d'hier, elle a été formalisée il y a des siècles, avant d'être renforcée en 1046, interdisant donc l'entrée aux femmes, mais aussi, on l'a dit, aux animaux femelles vertébrés. À une exception près: les poules sont tolérées pour leurs œufs, ainsi que les chattes, du moment qu'elles attrapent les rats. Mais pourquoi en veulent-ils autant à la gent féminine?

La première explication est religieuse. Selon un récit transmis par les orthodoxes, la Vierge Marie aurait débarqué sur le mont Athos alors qu'elle voyageait en direction de Chypre avec l'apôtre Jean. Cette dernière aurait tant apprécié le lieu qu'elle aurait demandé à Dieu de lui accorder la montagne. Les petits privilèges d'être copain-copain avec la Sainte Trinité.

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Quoi qu'il en soit, et même si rien n'atteste cet événement, le mont Athos est depuis surnommé le «jardin de la Vierge Marie». Et alors? Eh bien, en tant que jardin exclusif de Marie, elle est la seule femme à pouvoir y exercer une présence symbolique. Aucune autre femme ne peut donc fouler ces terres. Question sororité, mieux vaut ne pas avoir la Marie dans son équipe.

La deuxième justification est quelque peu particulière. Les moines qui vivent sur le mont Athos ont évidemment fait vœu de célibat et de chasteté. Leur quotidien est fait d'offices religieux, de prières et de travaux manuels. Qu'est-ce qui pourrait diable troubler leur paisible vie? Une femme, voyons.

L'interdiction s'inscrit en fait dans une conception ancienne de l'ascèse, selon laquelle l'isolement et la maîtrise des désirs favoriseraient le recueillement. Autrement dit, la présence de femmes serait jugée comme une tentation, une distraction susceptible de détourner leur attention de la vie religieuse, notamment de leur vœu de chasteté.

Ça bouillonne visiblement sous la soutane, au point que la simple vue d'une femme, d'une jeune fille, mais aussi, pour rappel, d'animaux femelles vertébrés, pourrait les faire partir au quart de tour, leur faisant oublier jusqu'à leurs années de vœux pieux. Pour ne prendre aucun risque, quoi de mieux que de mettre en place, donc, une bonne discrimination fondée sur le sexe?

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Si, aujourd'hui, cette interdiction, régulièrement critiquée, est à contre-courant de la marche du monde et des débats sur l'égalité des sexes, elle n'est pourtant pas près de disparaître. Pourquoi? Parce que le mont Athos bénéficie en fait d'un régime juridique particulier, qui lui laisse le droit de faire à peu près ce qu'il veut.

République monastique autonome

Pour mieux comprendre les règles qui régissent ce territoire, le mieux est de faire un rapide retour en arrière. Situé en Chalcidique, le mont Athos a vu le christianisme monastique s'y développer dès le VIIᵉ siècle. Des ermites ont alors commencé à s'y retirer pour vivre une vie de solitude sur ces falaises coupées du monde, dont les sommets frôlent les 2.000 mètres.

En 963, le moine Athanase l'Athonite fonde la Grande Laure, le premier grand monastère organisé du site. Le mont Athos se voit ainsi propulsé au centre de la spiritualité orthodoxe. En 972, l'empereur byzantin Jean Iᵉʳ Tzimiskès signe une première constitution, qui accorde au mont Athos un statut particulier… toujours en vigueur aujourd'hui.

Le site est depuis une région autonome de l'État grec, administrée selon des règles monastiques spécifiques. En gros, le mont Athos n'est pas un territoire totalement indépendant, il fait partie de l'État grec, mais son statut spécial lui garantit une large autonomie, notamment sur tout ce qui touche à la religion et aux interdictions d'accès qui vont avec.

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Le droit européen tient également en compte ce statut particulier du mont Athos. Lors de l'adhésion de la Grèce aux Communautés européennes, en 1981, une déclaration commune a reconnu la spécificité religieuse de ce territoire autonome. Une reconnaissance juridique qui contribue à maintenir l'interdiction d'accès, malgré les contestations dont elle fait régulièrement l'objet.

L'interdiction d'accès aux femmes sur ce site, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO pour sa «valeur universelle exceptionnelle» (universelle, mon œil), fait clairement tache… même pour le Conseil œcuménique des Églises. En 2013, ce conseil, qui rassemble des centaines d'Églises chrétiennes dans le monde, a même appelé à sa suppression. Sans succès.

Qu'importe, les interdits, c'est fait pour être bravé. Plusieurs femmes sont, dans l'histoire, passées outre ce strict règlement. En 1920, la journaliste française Maryse Choisy a par exemple réussi à séjourner sur le mont Athos en se faisant passer pour un homme. Une expérience unique qu'elle raconte dans un ouvrage, Un mois chez les hommes, publié neuf ans plus tard.

En 1930, c'est au tour d'Alíki Diplarákou, ancienne Miss Grèce, de pénétrer dans la Sainte Montagne déguisée en homme, suivie, en 1953, par une autre Grecque, Maria Poimenidou, qui a eu recours au même stratagème. Plus récemment, en 2008, quatre femmes moldaves appartenant à un groupe de migrants arrivés depuis la Turquie se sont retrouvées au pied de la péninsule, avant qu'en 2009, des scientifiques ne mettent à jour, sous une chapelle byzantine… des ossements féminins.

Si vous aimez la Grèce, n'y allez........

© Slate