Procès de Carmen Enciso, l'ex-boulangère accusée d'avoir démembré son conjoint: «Je suis innocente jusqu'à preuve du contraire»
Procès de Carmen Enciso, l'ex-boulangère accusée d'avoir démembré son conjoint: «Je suis innocente jusqu'à preuve du contraire»
Élise Costa – Édité par Émile Vaizand – 24 juin 2026 à 6h55
[Épisode 3/3] Au printemps 2022, François Vigouroux était retrouvé mort et démembré à Ille-sur-Têt, près de Perpignan. Quatre ans plus tard, du 3 au 5 juin 2026, sa compagne Carmen Enciso, 62 ans, était jugée pour meurtre devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales.
Temps de lecture: 9 minutes
Trois jours. Soixante-douze heures pour démêler un dossier épais d'un millier de cotes et juger Carmen Enciso pour le meurtre de son conjoint, un crime passible de la réclusion à perpétuité. Le temps presse. La présidente de la cour d'assises des Pyrénées-Orientales en oublie la question d'usage: «Quelle est votre position aujourd'hui?» Très vite, Carmen Enciso fait remarquer: «Je suis innocente jusqu'à preuve du contraire.» Sans saisir que cette preuve, c'est elle-même qui la construit.
Au deuxième soir de son procès, elle parle des hommes qu'elle a connus. De François Vigouroux, «un homme génial et attentionné», d'abord, puis de son défunt mari, Charles, décédé en 2020. Les opérations qu'il a subies à cause de son cancer, leur vie construite ensemble, «les enfants, le permis, la voiture, les assurances». Elle évoque les rumeurs du village, qui lui attribuent des amants à droite à gauche, elle qui n'en a jamais eu un seul. Guy, lui-même, n'était qu'un ami de pétanque. «Il s'est épris de moi, qu'est-ce que j'y peux!», s'agace-t-elle dans le box des accusés. Les gendarmes, enfin, lui ont mal parlé pendant l'enquête, la poussant à avouer. À leur endroit, elle constate: «On aurait dit les gendarmes à Saint-Tropez!»
De la mort de François Vigouroux, elle ne dit rien, si ce n'est y être étrangère. «Quel intérêt?», argue-t-elle. Les virements, c'est lui qui les a faits et elle ne comprenait pas pourquoi ils ne passaient pas. En fait, elle ne l'a pas retrouvé inerte dans leur chambre. Face à la cour, Carmen Enciso commence: «François est parti faire du vélo. 21h… Il a pas de lumière sur le vélo, j'ai commencé à m'inquiéter.» La téléphonie montrera qu'elle n'a jamais essayé de le joindre.
Son audition de trois heures et vingt minutes, quatorze pages de détails circonstanciés, l'endroit précis où elle a coupé le corps, tout ça a pu être récité grâce au major Thierry Laporte, qui lui mettait la pression lors de ses pauses, entre deux auditions, dans la salle de repos. De toute façon, oppose Carmen Enciso, «les questions, c'étaient les réponses».
«Il lui demande d'être ouverte sexuellement»
Finalement, la position qu'elle défend aujourd'hui est celle-ci: la coupable serait Mireille, l'ex-femme de François Vigouroux, qui était «sûrement jalouse» de leur relation. Carmen Enciso reconnaît les dépenses au magasin de bricolage: l'acide chlorhydrique, la hachette et toute la liste des outils présents sur le ticket de caisse. Mais, cette fois, elle n'avance plus s'en être servie pour les travaux de sa maison. «Tout était dans le sac et il a disparu!», assure-t-elle en jetant un regard au banc des parties civiles.
Si elle n'avait pas pu l'expliquer autrefois, c'était par «peur des représailles». François Vigouroux n'avait pas disparu depuis une semaine, que Mireille lui avait parlé de la succession. Elle savait tout sur les comptes et l'assurance-vie, posait beaucoup de questions à ce sujet. À plusieurs reprises, Carmen Enciso s'exclame: «Je ne suis pas bête!»
Croquis d'audience représentant Carmen Enciso, lors du procès de cette ancienne boulangère, accusée du meurtre de son compagnon François Vigouroux en mai 2022, au tribunal de Perpignan (Pyrénées-Orientales), le 3 juin 2026. | Pat........
