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"La capacité de gagner dans les grandes villes est proportionnelle au degré de déconnexion avec le reste du pays"

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23.03.2026

Les municipales, il vaut mieux ne pas les gagner. Il n'y a pas pire situation, plus ravageante, décrédibilisante, révélatrice, déconnectante, qu'une victoire aux municipales. Tout parti politique qui arrive à gagner des élections municipales est maudit, foutu, périmé.

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La capacité de gagner dans les grandes villes de France est proportionnelle au degré de déconnexion à l'égard du pays « profond », des ouvriers, de la France périphérique, populaire, gilet jaune. Être capable de séduire ces électeurs méga-urbains assoiffés de matcha est l'indice le plus sûr de l'incapacité à s'adresser aux autres, pourtant majoritaires. Une victoire municipale dans les dix premières grandes villes de France, avec un taux de participation faible, principalement bourgeois et petit-bourgeois, vous prépare une défaite présidentielle mieux que cent casseroles de campagne. La preuve la plus éclatante par le Parti socialiste. Le destin des candidats de Paris à l’élection présidentielle c'est de finir comme Anne Hidalgo : à 2 %. Delanoë, lui, n'avait jamais réussi à se présenter. Théorème : Gagner aux municipales, c'est préparer la défaite à la présidentielle.

La grande ville, la mégalopole, s'est reconfigurée depuis les années 80 : elle ne supporte, ne promeut, ne tolère, que ce qui va à l'encontre de l'ethos national, global, collectif. Elle se construit contre le peuple, sa manière d'être, son imaginaire, ses aspirations.

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Bien sûr, les partis politiques les plus urbains sont également les plus favorables aux urbains, défendent leurs intérêts, visions du monde, situations de pouvoir. Un parti qui s'adapte, se configure, se structure autour du soutien des électeurs des grandes villes se dote d'une vision du monde, d'une manière d'être incompatible avec la majorité de la population, rurale et périphérique, banlieusarde aussi : les deux partis à électorats populaires, RN et FI, sont marginalisés aux municipales. La percée relative de ceux-ci dans de rares mégalopoles comme Lille, Toulouse, Marseille, est révélatrice de leurs embourgeoisements respectifs. Mais la dominante est là : aux municipales, seul règne le vieux monde du centre droit et du centre gauche.

En somme, un homme politique cohérent, un mouvement d'ambition nationale, un intellectuel de parti, un militant lucide, devrait se réjouir d'échouer à Lille, Paris, Rennes et Lyon, et tout faire pour échouer. Bien sûr, disposer d'élus municipaux, cela renforce la visibilité, donne accès à des postes, finance le parti mais ça permet surtout de pédaler dans les airs, de perdre le contact, de considérer la réalité comme trop ignoble pour être considérée.

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Les 10 grandes villes de France ne constituent que 10 % de la population française. Une victoire parmi elles ne constitue pas seulement un trompe-l’œil : c'est une des causes des défaites. « Paris vaut bien une messe » disait Henri IV : pour maîtriser la France, il fallait gagner Paris. C'est désormais l'inverse.


© Marianne