Plateformes numériques : "Réguler ce que l'on comprend, plutôt que ce que l'on redoute"
Ils sont chauffeurs VTC, livreurs, prestataires de services à la personne. Selon la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques), environ 600 000 personnes accédaient à leur clientèle via une plateforme numérique en 2023, soit 2 % des personnes en emploi.
Dans la seule mobilité, l'ARPE (Autorité des relations sociales des plateformes d'emploi) recense plus de 120 000 indépendants exerçant une activité régulière, et l'Observatoire national des transports publics particuliers dénombre 71 300 chauffeurs VTC actifs en 2024, en hausse de 27 % en un an, pour plus de 100 millions de courses. Le phénomène n'est plus marginal et il est pourtant traité avec des catégories juridiques héritées d'un autre siècle. Le résultat est un débat public qui passe à côté de son objet.
Un débat mal posé produit de mauvaises réponses
Ce débat reste enfermé dans une alternative binaire : salarié ou indépendant. Cette dichotomie est intellectuellement confortable. Elle est aussi empiriquement fausse. L'économiste raisonne à partir des préférences révélées, c'est-à-dire de ce que les comportements et les enquêtes disent réellement des attentes des individus, plutôt que de ce qu'on suppose à leur place. Or, lorsqu'on les consulte, ces travailleurs n'expriment pas un désir de CDI. Ils expriment un besoin de prévisibilité et de portabilité, c’est-à-dire des droits attachés à leur personne et non à un contrat particulier, formation, couverture accident, retraite, protection lorsque l'activité chute. Ils veulent aussi, avec la même force, conserver la maîtrise de leur temps. Ces deux exigences ne sont contradictoires que........
