menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Jackson Hole: la Fed de Kevin Warsh ne promet plus de protéger les marchés

8 0
01.09.2026

EXPERT INVITÉ. Jackson Hole se termine rarement par une décision de taux. Mais certaines éditions redéfinissent la manière dont les banques centrales veulent parler, réagir et, surtout, laisser les marchés se débrouiller. C’est ce qui vient de se produire avec Kevin Warsh.

Son message n’est pas qu’une hausse de taux est certaine en septembre, il est plus profond: l’inflation reste trop élevée, les conditions financières ne sont pas suffisamment restrictives et la Fed ne donnera plus aux investisseurs une carte détaillée de son prochain mouvement. L’ère de la Fed qui guide, rassure et, parfois, protège les marchés pourrait donc laisser place à une Fed plus discrète, plus imprévisible et beaucoup plus exigeante. Synthèse et analyse.

Le marché attendait de Kevin Warsh une indication sur la prochaine réunion de septembre. Il a livré davantage: une véritable doctrine monétaire.

Le président de la Fed n’a pas annoncé de hausse de taux, ni même donné un calendrier. Mais son diagnostic ne laisse guère de place à une lecture accommodante. L’inflation PCE sur douze mois reste à 3,7%, celle calculée sur six mois atteint 4,1%, et près de la moitié des composantes du panier PCE progressent encore à un rythme annualisé supérieur à 3%.

Pour Kevin Warsh, les bonnes surprises récentes sur l’inflation estivale ne suffisent donc pas. Elles ne démontrent pas, selon lui, que la tendance sous-jacente s’est réellement améliorée. Son seuil est clair : la Fed doit être convaincue que l’inflation revient vers 2% de manière nette et à une vitesse suffisante. Sinon, elle «a encore du travail à faire».

Cette formule est importante. Elle ne préjuge pas de la décision de septembre, mais elle maintient explicitement la possibilité d’un resserrement monétaire. Les marchés ont immédiatement compris le message: la probabilité d’une hausse dès septembre est remontée vers 50%, tandis que les taux courts et le dollar se sont raffermis.

Kevin Warsh ne veut donc pas être enfermé dans une promesse. Mais il refuse tout autant de laisser croire que la Fed considère la bataille contre l’inflation comme gagnée.

Le patron de la Fed insiste sur l’inflation «préoccupante» aux États-Unis

Qui est Kevin Warsh, le nouveau président de la Fed?

Le passage le plus structurant du discours ne porte peut-être pas sur l’inflation, mais sur la communication.

Kevin Warsh a renouvelé son opposition au forward guidance, cette pratique par laquelle la Fed cherche à indiquer à l’avance la trajectoire probable des taux. Il considère qu’elle fut nécessaire pendant les crises, mais qu’elle a survécu trop longtemps à son utilité. À ses yeux, une banque centrale qui s’engage trop tôt sur une trajectoire réduit sa propre capacité à réagir lorsque les données changent.

Son argument est presque philosophique. Lorsque les marchés se mettent à attendre de la Fed qu’elle leur indique la prochaine opération à réaliser, et que la Fed observe ensuite les marchés pour savoir quoi faire, les deux finissent par se regarder dans un miroir.

Personne ne voit alors suffisamment bien le changement de régime qui se produit derrière lui.

La conséquence est très concrète pour les investisseurs. Kevin Warsh ne veut pas publier de fonction de réaction mécanique, ne veut pas promettre à l’avance une hausse ou une baisse de........

© Les Affaires