Dans les coulisses de « The Spectator », le magazine qui façonne la droite britannique
Vous cherchez, par ces temps troublés, un morceau d’Angleterre éternelle ? Marchez quelques minutes à la sortie de la station Westminster, au cœur de Londres. Avec un peu de chance, vous déboucherez sur une discrète rue résidentielle, à l’abri du vacarme des touristes et des complots parlementaires. Vous remarquerez peut-être une maison géorgienne aux murs de brique rouge, aux fenêtres à guillotine et à la façade en rotonde. C’est là que se niche la rédaction d’un des plus vieux magazines au monde, dont seule une plaque dorée indique la présence : l’hebdomadaire conservateur The Spectator. Poussez la porte, et une secrétaire à la verve intarissable s’empressera de vous offrir une tasse de thé.
Le journal fondé en 1828 par l’homme de presse écossais Robert Stephen Rintoul, où nous sommes accueillis exceptionnellement en ce vendredi après-midi pluvieux, a réussi à traverser le temps. À arpenter ses couloirs – tapissés d’une moquette bleue – et gravir son escalier tournant, on a l’impression d’avoir embarqué dans un navire insubmersible.
Dans un pays déboussolé, où les vents mauvais de l’affaire Epstein soufflent à la fois sur la monarchie et le gouvernement de Keir Starmer, qui avait nommé comme ambassadeur à Washington un ami du prédateur sexuel, Peter Mandelson, voici au moins une rassurante permanence.
Dans la salle de conférence du journal, une pièce boisée dont les fenêtres donnent sur les pelouses de St-James’s Park, où des volumes rouges contiennent les archives du journal, les responsables du magazine sont à l’avenant. Freddy Gray, rédacteur en chef adjoint et en charge de l’édition américaine – cheveux bruns coupés courts, tempes grisonnantes, barbe de trois jours –, semble tout droit sorti d’un roman de P. G. Wodehouse, avec sa cravate bleu nuit à motifs fleuris et son excentricité teintée d’autodérision. Quant au PDG et directeur de publication de l’hebdomadaire, Freddie Sayers, sa silhouette svelte, sa gueule d’ange, sa veste de velours et son délicieux accent « upper-class » rappellent William Thacker, le libraire incarné par Hugh Grant dans la comédie romantique Coup de foudre à Notting Hill.
Les deux acolytes sont ravis des prouesses de leur publication. « The Spectator compte aujourd’hui davantage d’abonnés payants qu’à tout autre moment de son histoire », se rengorge Freddie Sayers. Selon les statistiques diffusées par l’institut ABC, en 2025, le magazine papier comptait 61 000 abonnés, et le site 53 000.
En ce vendredi après-midi, l’ambiance est paisible, les locaux clairsemés. Quelques journalistes en chemise bavardent dans une pièce tapissée de unes cartoonesques. Assis à........
