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Jean-Luc Barré : « Je suis un chrétien bagarreur »

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14.06.2026

Il règne sur deux fleurons de l’édition : Plon et Bouquins. Auteur de plusieurs grandes biographies, il est en train d’écrire le troisième volume de « son » de Gaulle – les deux premiers, épais, ont été salués tant par la critique que par les lecteurs. Et il a aussi été le « confesseur » (c’est le terme qu’il aime employer) de Jacques Chirac pour la rédaction de ses Mémoires. Jean-Luc Barré est une figure de l’intelligentsia française. Mais il garde une âme de franc-tireur.

Comme on pourra le lire dans cet entretien, où l’homme se confie sans détour et sans masque de façon intime, dans son appartement parisien, à deux pas de Notre-Dame. Il nous livre aussi son regard sur de Gaulle le catholique – que l’on peut voir actuellement en majesté sur les écrans de cinéma, dans le premier volet du film à grand spectacle d’Antonin Baudry – et distille quelques anecdotes spirituelles sur Jacques et Bernadette Chirac, qui vient de décéder et qu’il a bien connu.

Le Point : Comment qualifiez-vous la foi de Charles de Gaulle ?

Jean-Luc Barré : De Gaulle était un croyant discret. Dans ses archives, j’ai découvert des textes de méditation spirituelle datant des années 1950 dans lesquels il écrit par exemple : « Ce qui est admirable, c’est que le Christ ait élargi l’horizon religieux en donnant du champ à la souffrance de l’homme, à son angoisse, à sa dignité. » Il n’y avait rien d’ostentatoire dans la foi de de Gaulle. Lorsqu’il se rendait à l’église pour prier à Colombey, il se mêlait à la petite masse des paroissiens sans jamais chercher à s’imposer, se voulant un parmi les autres.

Toutefois, en tant que chef d’un État laïque, il n’hésitait pas à manifester publiquement sa foi lors de ses déplacements à l’étranger. On l’a vu s’agenouiller pour prier à Varsovie dans la Pologne communiste ou dans la cathédrale de Reims aux côtés du chancelier Adenauer. Il avait fait installer une chapelle privée à l’Élysée. Et, quand l’amiral Georges Thierry d’Argenlieu, qui était un religieux carme, venait lui rendre visite à Colombey, il apportait tout le nécessaire pour célébrer la messe. La foi de de Gaulle exprimait ce lien séculaire entre l’Église catholique et le pouvoir qu’il soit monarchique ou républicain.

De Gaulle était aussi très respectueux de la laïcité républicaine…

Oui, bien sûr. Mais son père n’était pas du tout un adepte de la laïcité. Et il ne faut pas oublier que Charles a été un élève des jésuites à l’époque où les congrégations se voyaient interdites d’enseignement, ce qui l’avait obligé à s’exiler en Belgique pour terminer ses études. Il a respecté la laïcité tout au long de sa vie publique, mais il n’en a jamais fait un dogme, encore moins une croyance de substitution.

Vous avez consacré de nombreux ouvrages à des grandes figures du catholicisme : François Mauriac, Jacques Maritain, ou encore les moines de Tibhirine. Qu’est-ce qui vous attire chez ces sommes de foi ?

J’ai été élevé dans la religion catholique par une mère croyante, suivant le cursus classique des années 1970 avec première communion et communion solennelle. J’ai été élève dans des écoles privées, le collège Saint-Pierre à Casseneuil, puis Sainte-Catherine à Villeneuve-sur-Lot. Ces établissements étaient imprégnés naturellement de culture chrétienne, mais sans que les élèves y soient tenus d’assister à des offices imposés.

À Sainte-Catherine, je me souviens d’une religieuse merveilleuse que nous surnommions « Tartine » en raison de son tempérament vif et énergique ; c’est elle qui m’a véritablement initié à la grande littérature. Je me suis tourné, plus tard, vers des figures comme Maritain ou Mauriac parce que j’éprouvais le besoin d’approfondir ma propre réflexion spirituelle.

Ce qui m’attirait chez eux, c’est leur part de solitude et de marginalité. Les princes de l’Église, les cardinaux et tout l’apparat du Vatican ne m’ont jamais beaucoup intéressé. Je suis plutôt attiré, d’instinct, par ces marginaux, ces convertis qui ont bousculé l’institution de l’intérieur par la force de leur engagement, et qui se sont souvent trouvés en conflit avec l’autorité romaine.

C’est grâce à ces témoins et ces clandestins de la foi que le catholicisme a pu se libérer de l’obscurantisme religieux qui a marqué le concile Vatican I au XIXe siècle. La figure de Léon........

© Le Point