Crise de la natalité : ce big bang démographique qui vient
«Si une bombe est encore amorcée, ce n’est pas celle de la surpopulation, mais bien celle de la dénatalité, appelée à devenir l’un des défis majeurs du XXIe siècle. » Dans La bombe de la dénatalité (éditions du Cerf), un livre riche et d’une limpidité remarquable, Oscar Bockel, haut fonctionnaire et diplomate, analyse l’impressionnante chute des naissances dans le monde.
Encore un essai sur la crise des bébés ? Oui, mais celui-ci offre un panorama complet de ce phénomène mondial, dans le sens où il n’épargne désormais plus aucun continent, bien que demeurent des disparités territoriales. De quoi rassurer la vieille Europe, qui n’est plus seule dans la spirale du déclin, mais inquiéter les colosses indien et chinois, dont la puissance tenait en partie à leur capacité passée à générer des millions de bébés.
Les 10 milliards d’humains, seuil chimérique
Cet essai de 384 pages prend le soin, dans une première partie détaillée, d’exposer les faits, sans noyer le lecteur sous les chiffres. D’abord, surprise, le déclin de la natalité mondiale opère sous nos yeux depuis déjà six décennies. Le taux de fécondité est passé d’un pic de 5,3 enfants par femme en 1963, à 2,2 l’année dernière, soit à peine plus que le seuil de remplacement (environ 2,1).
Pour l’heure, ses effets sont peu manifestes. La population mondiale continue de croître (environ 8 milliards d’êtres humains), soutenue par les gains d’espérance de vie. Mais le retournement démographique mondial approche. Les prévisions de l’Organisation des nations unies (ONU), « pourtant excessivement optimistes », sont sans cesse revues à la baisse : le pic, attendu en 2100, est désormais fixé à 2084, avec un maximum de 10,2 milliards d’habitants selon la dernière version de son World population prospects.
Dans le détail, l’auteur montre que les principaux moteurs de la croissance démographique ralentissent. On le savait déjà pour l’Union européenne, en situation de « Première Guerre mondiale permanente » avec 1,34 enfant par femme. Le phénomène touche aussi des pays pauvres ou à revenus intermédiaires, comme la Tunisie (1,45), le Chili (1,03) et la Thaïlande (0,87), où « les balançoires sont vides », pour reprendre l’expression de l’économiste Maxime Sbaihi.
Même l’Afrique va « cesser de jouer son rôle d’amortisseur de la dénatalité mondiale ». De 4,7........
