Et si l’on recommençait à écrire ?
Je n’ai jamais pu me résoudre à brûler la correspondance, retrouvée après le décès de ma mère voilà une vingtaine d’années, que ma tante lui adressait de la ferme familiale située près d’Aumont-Aubrac, en Lozère. Des dizaines de lettres soigneusement conservées dans leurs enveloppes, les timbres et l’oblitération renseignant sur une période qui court sur plus d’un demi-siècle. Un autre monde, pour ainsi dire, où chaque courrier donnant des nouvelles de la famille restée au pays débutait invariablement par « Bien chers tous ».
Nous sommes désormais très peu à rédiger nos correspondances « à l’ancienne », autrement dit sur une toile cirée de campagne avec un simple stylo publicitaire rangé dans le tiroir de la cuisine à côté du bloc à écrire, des cartes à jouer, de la pile électrique, du ciseau et des vieux porte-clés.
Des lettres avec des ratures qui dissimulaient ce qui, finalement, pouvait attendre ou ne devait pas être dit. Avec des auréoles sur l’encre délavée par les larmes. Avec, plus rarement, une photo qui évoquait le bonheur capturé sous le grand frêne un dimanche après-midi, la famille autour des grands-parents enfin réunie. Lettres jaunies désormais, que l’on manipule avec précaution car elles évoquent ce temps qui allait plus souvent sans Dieu que sans nuages. Un temps où celui qui savait écrire convenablement confiait aux mots les bonheurs et les vacuités d’une époque que les conversations ne savaient pas........
