Des trières aux data centers
Dans la campagne présidentielle française, les candidats se demandent comment redistribuer l’argent qu’ils n’ont pas. Comme nous l’apprend l’exemple athénien, il vaut parfois mieux investir l’argent que l’on a.
Au début du Ve siècle avant Jésus-Christ, les Athéniens, qui formaient, à l’exclusion des femmes et des esclaves, la première démocratie du monde, avaient pour coutume de se partager le produit des mines d’argent du Laurion, un peu comme les habitants de l’Alaska reçoivent chaque année une partie de la manne pétrolière de cet État américain. Les Athéniens venaient d’en découvrir un gisement abondant, autour de 483, et s’apprêtaient à distribuer, d’après Hérodote, dix drachmes par tête – rapportée au salaire moyen d’un citoyen athénien de l’époque, cette somme représenterait pour nous l’équivalent de 3 000 euros par ménage – même si la date et le montant exacts varient d’une source à l’autre et sont sujets à débat. Comment refuser un tel cadeau ? Cependant, le très ambitieux Thémistocle fut, d’après Plutarque, « le seul à avoir le courage de dire, devant l’assemblée du peuple, qu’il fallait renoncer à distribuer ces biens, et s’en servir pour équiper des trières destinées à lutter contre Égine. »
Égine, petite île grecque située sur les principales routes maritimes athéniennes, avait la maîtrise de la mer grâce à sa flotte, alors plus imposante que celle d’Athènes malgré l’écart de richesse entre les deux cités. La conscience........
