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Le Québec se défait

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17.03.2026

Lorsqu’il a reçu son prix Nobel de littérature à Stockholm le 10 décembre 1957, le grand écrivain Albert Camus a dit :

« Chaque génération se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »

Il parlait de façon symbolique, bien sûr. On était au lendemain de la guerre, et l’auteur de L’étranger parlait de la mort de la foi, des idéologies et des grandes espérances dans les lendemains qui chantent.

Mais si Camus était Québécois et qu’il était notre contemporain, son discours serait à prendre au pied de la lettre.

Le défi, pour nous, Québécois, n’est pas de refaire le Québec, comme l’ont fait les acteurs de la Révolution tranquille.

C’est d’empêcher qu’il se défasse.

Qu’il se déconcrisse.

« Tâche encore plus lourde », comme dirait l’auteur de La peste et de La chute.

Quand on regarde l’état du Québec, on pense tous la même chose.

Mais comment en sommes-nous arrivés là, saint bordel ?

Comment avons-nous pu laisser le Québec se déliter de la sorte ?

Se désagréger ainsi, se décomposer ?

Les hôpitaux, les écoles, les rues, tout fout le camp, tout tombe en morceaux !

N’importe quelle personne qui est ou qui a déjà été propriétaire le sait : ce n’est pas tout, acheter une maison.

Il faut l’entretenir.

Un été, tu refais le balcon. L’été suivant, tu refais la galerie. Et ainsi de suite, année après année après année.

Une suite interminable de petits et de grands travaux.

Car si tu ne fais pas ça, tu vas te ramasser dans un taudis. Une bicoque.

C’est ce qui est arrivé au Québec.

On s’est donné une province toute neuve dans les années 60. Puis on a déposé nos outils en se disant que la job est faite.

Résultat : 60 ans plus tard, le Québec ressemble à un p’tit vieux qui n’aurait jamais pris soin de son corps.

Trois dents dans la bouche, le nez comme un chou-fleur et les fesses à terre.

« Viens, un nouveau jour va se lever », chantait le regretté Jacques Michel.

C’est plutôt la nuit qui se couche.

Une pilule, une tasse de Postum et bonsoir.

Avec un peu de chance, on va se réveiller demain.

Dans quel état ? On verra.

Ça coûterait des gonzilliards de dollars pour tout remettre à niveau.

Or, on n’a jamais eu autant de vieux retraités (qui auront tous besoin de soins de santé) et aussi peu de jeunes travailleurs pour les faire vivre.

Faites le calcul. Ça ne balance pas.

On ne s’en va pas dans le mur, on EST dans le mur !

Et un mur qui s’effrite, en plus.

Juste comme on a besoin d’un système de santé fort, capable de recevoir la première vague de baby-boomers, on se retrouve avec un système de santé qui n’a jamais été aussi faible.

Avec des corporations qui tirent chacune sur les mamelles du système pour remplir leur pot au lait à ras bord avant que la vache ne meure d’épuisement.

Si j’étais jeune, je préparerais mes valises.


© Le Journal de Québec