Fonctionnaires: les gagnants à vie
En lisant l’excellent dossier sur la retraite que Le Journal a publié cette fin de semaine, une chose saute aux yeux.
Les fonctionnaires ont, pour reprendre une expression vulgaire chère aux Français, « le cul bordé de nouilles ».
Si la retraite était une loterie, ce sont eux qui auraient remporté le gros lot.
Sur vos trois oreilles
Oh, je sais, dans certains postes, pour un emploi équivalent, les fonctionnaires gagnent moins que les travailleurs du secteur privé.
Ce n’est pas un mensonge colporté par les syndicats de la fonction publique pour nous faire pleurer, c’est documenté.
Mais savez-vous c’est quoi, se coucher le soir en sachant : 1) que tu ne perdras jamais ton emploi et 2) qu’à ta retraite, tu recevras un revenu fixe et prévisible, quelles que soient les fluctuations de la bourse ?
Pour la plupart des travailleurs du secteur privé, qui sont assis sur un siège éjectable, c’est de la science-fiction.
« Si vous nous obligez à travailler trois jours semaine au bureau, il y aura un exode des fonctionnaires vers le secteur privé », nous dit le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, ces temps-ci.
Ils vont quitter leur emploi assuré et leur régime de retraite en béton pour aller travailler dans une firme qui fermera peut-être ses portes dans huit mois !
S’il y a un exode, ce sera dans l’autre sens.
Du privé vers le public.
(Je ne parle pas ici des profs et des médecins, qui ont vu leurs conditions de travail se détériorer au public, mais de la très grande majorité des fonctionnaires qui bossent devant un ordi ou derrière un comptoir...)
Près d’un Québécois sur quatre travaille dans le secteur public ou parapublic. Le taux le plus élevé au Canada et l’un des plus élevés des pays de l’OCDE.
Poser la question c’est y répondre.
Parce que c’est là où l’on crée le plus d’emplois au Québec (ce qui en dit long sur la vigueur de notre économie).
Et parce que lorsque tu travailles pour le gouvernement, tu peux dormir sur tes trois oreilles.
Tu ne perdras jamais ta job, et tes vieux jours seront assurés.
Tu pourras faire de la marche rapide sur les Plaines et aller siroter un café sur la rue Cartier sans te soucier du lendemain.
Ça, on appelle ça être « gagnant à vie ».
Le hic avec la retraite, c’est qu’il faut que tu la prépares lorsque tu es jeune.
Plus tu commences jeune à mettre de l’argent de côté, plus tu vas avoir une belle retraite.
Or, quand tu es jeune, tu ne penses pas à l’avenir !
Tu ne t’imagines pas à 40 ans, alors encore moins à 65 !
Tu vis dans l’instant présent. Comme la cigale de la fable.
Et quand arrive l’hiver (et croyez-en mes cheveux gris, l’hiver arrive pas mal plus vite que vous ne le pensez), tu te retrouves les fesses sur la glace.
Non seulement la population du Québec vieillit à la vitesse grand V, mais la plupart des Québécois vivent à la petite semaine...
Pas hâte de voir à quoi va ressembler le Québec dans dix ans...
