Fréchette, une mission qui frôle l’impossible
La victoire de Christine Fréchette, véritable dauphine de François Legault, était écrite dans le ciel. Dans l’histoire du Québec, elle devient ainsi la deuxième femme après Pauline Marois à accéder au poste de première ministre.
C’est l’occasion de réaliser à nouveau – parce qu’on l’oublie vite – que les femmes ont bel et bien leur place au sommet du pouvoir. Oui, du pouvoir.
La première ministre désignée n’en hérite pas moins d’une mission qui frôle l’impossible. Elle hérite d’un gouvernement caquiste usé et impopulaire.
Les services publics craquent encore de partout. Les crises tenaces du logement et de l’itinérance multiplient les drames humains.
Si elle ne le suspend pas, le Dossier santé numérique (DSN) est en voie de virer en clone du fiasco de SAAQclic. Quant à la troisième voie autonomiste, en huit ans, elle aura accouché d’une souris. Etc.
Ça, c’est le réel. D’où la dégringolade de la Coalition Avenir Québec depuis presque trois ans déjà.
Hormis pour un ton moins obsédé par l’immigration et plus posé cherchant à « rassurer » les Québécois en des temps incertains, Mme Fréchette, du moins jusqu’ici, incarne néanmoins la continuité bien plus que le grand « renouveau » dont elle se réclame.
Le réel, c’est l’échéancier terriblement serré dans lequel elle atterrit. Une fois assermentée, Mme Fréchette devra faire sa marque auprès des électeurs, panser les plaies de la course dans ses rangs et composer un Conseil des ministres fonctionnel pour quelques semaines à peine.
L’Assemblée nationale est aussi prorogée jusqu’au 5 mai pour terminer ses travaux dès la mi-juin.
Pendant que les Québécois seront en mode barbecue, Mme Fréchette et son équipe devront ensuite préparer la plateforme électorale caquiste et tenter de recruter des candidats, voués, au mieux, aux banquettes arrière de l’opposition.
Le tout, culminant sur une campagne qui, tout en s’annonçant féroce face au Parti Québécois, au Parti libéral du Québec et au Parti conservateur, sera déclenchée dès la fin août pour un scrutin le 5 octobre. Ouf...
De dire que la commande dont hérite Christine Fréchette est vaste est de très loin l’euphémisme de l’année.
Un grand renouvellement
C’est pourquoi, à moins d’un revirement spectaculaire dans les intentions de vote en faveur de la CAQ, Christine Fréchette, comme la plupart des premiers ministres désignés en fin de régime, risque d’être vouée à tenir le fort de son parti avant que l’iceberg le frappe dans l’isoloir.
La bonne nouvelle, comme je l’écrivais cet hiver, est toutefois qu’avec les nombreux départs annoncés d’élus, tous partis confondus, la classe politique québécoise est à l’aube d’un grand renouvellement.
Dans son discours de victoire, à 55 ans, la première ministre désignée s’en réclamait avec l’arrivée au pouvoir de la génération X. En fait, les chefs des cinq principaux partis sont tous de la génération X.
Mme Fréchette est cependant la seule parmi eux à traîner le boulet d’un gouvernement écorché durement par l’usure inévitable du pouvoir et dont elle fut aussi une des ministres les plus influentes.
