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Idées | Un combat exemplaire en Mauricie

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Le dossier éolien a d’ores et déjà pris les allures d’un immense gâchis en Mauricie. Le projet de TES Canada que le milieu n’avait nullement sollicité est en train d’empoisonner la délibération collective et de semer la discorde dans les communautés. Quand 64 élus locaux en sont réduits à interpeller le gouvernement du Québec pour faire entendre raison à un promoteur insistant à la limite du harcèlement, quelque chose ne tourne pas rond. Il y a des limites à tout mélanger au nom des retombées économiques et de la croissance aveugle.

Il faut le rappeler avec insistance, le devoir des élus, en démocratie, est de défendre et de promouvoir l’intérêt général. Ce sont ces personnes, choisies par leurs collectivités, qui ont la légitimité de traiter des orientations à privilégier pour maintenir la concorde et faire valoir le bien commun. À cet égard, le geste qu’ils viennent de poser en rédigeant cette lettre et en prenant les décisions qu’ils ont prises mérite tout notre respect et force même notre admiration. Ce ne sont pas les entreprises privées qui doivent définir ce qui est bon pour le milieu. Elles ont pour mission et pour objectif primordial de faire le plus de profits possible. Quels que soient leurs discours, ce sera toujours cette finalité qui primera. À Saint-Adelphe comme ailleurs.

Il y a donc quelque chose de tordu dans le débat public quand des intervenants confondent les moyens des manieurs d’argent avec le respect des processus démocratiques. C’est un secret de Polichinelle : quand des promoteurs salivent pour un tel projet et avec les moyens qu’ils sont prêts à y engager, ils peuvent mobiliser d’immenses ressources de relations publiques pour peser sur la démocratie de chacune des communautés. Il y a là une disparité de moyens susceptible de fausser les perceptions sur ce que doit être l’intérêt public. Les élus qui disent non n’ont pas à subir le procès de légitimité que d’aucuns ne se gênent pas de leur faire sur la place publique et sur les réseaux sociaux. Non seulement font-ils leur devoir, mais dans ce cas-ci ils le font en outre pour tout le Québec.

Le projet de TES Canada crée des brèches dans le pacte de l’électricité que la population a sanctionné lors de la nationalisation de 1962. Jouant habilement sur des dimensions techniques, ce projet vise à donner à ses promoteurs les moyens de se faire producteur/vendeur d’électricité. Sous couvert d’autoproduction, il délocalise la production éolienne de ses installations immédiates prévues, il projette d’ériger un réseau privé de distribution, balafrant le territoire agricole, sans parler de la destruction des paysages et d’autres nuisances.

L’Action nationale a publié en juin 2025 un important dossier qui fait le point sur ce que TES Canada ambitionne de faire avec une ressource publique — oui, le potentiel éolien en est une. Il faut le dire et le répéter : ce n’est pas seulement un enjeu d’acceptabilité sociale qui est en cause. Il s’agit de se demander si la prospérité du milieu et l’intérêt public sont bien servis quand on laisse ainsi décider de l’usage d’une ressource qui appartient à tous par des puissances qui ont d’abord pour but l’enrichissement privé.

Les élus locaux ne mènent pas seulement un combat contre les nuisances, ils mènent une bataille dont l’issue engagera le Québec tout entier. Laisser le privé se comporter ainsi avec une ressource publique, le laisser agir avec des moyens que les communautés ne peuvent mobiliser et surtout le laisser spéculer sur des revenus qui seraient sans commune mesure avec les redevances promises, c’est ouvrir la voie aux forces que la création d’Hydro-Québec a pour mission de contenir.

Dans la réorganisation en cours du modèle de gestion énergétique, ce dont les collectivités ont besoin, c’est d’abord du contrôle et des moyens de faire primer l’intérêt général. Cela passe par l’affirmation du primat des institutions publiques sur les appétits des brasseurs d’affaires. Il est vrai que plusieurs collectivités sont dans des situations financières difficiles, mais elles ne construiront rien en se plaçant à la merci d’entreprises qui les laisseront tomber dès que leurs actionnaires seront insatisfaits des profits. C’est avec l’État du Québec et ses agences que cela devra se régler, pas dans les corridors des assemblées d’actionnaires.

Les élus de la Mauricie donnent un exemple inspirant. Ils ont besoin du soutien de tous ceux pour qui l’avenir énergétique doit se conjuguer avec le respect, le contrôle et l’équité.

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