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Les insomniaques s’amusent

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25.05.2026

La nuit appartient à de plus en plus de gens, qu’ils le veuillent ou non, si l’on se fie aux plus récents chiffres qui rendent compte des difficultés de sommeil des Canadiens.

Dans un récent sondage de la firme Léger, 65 % des Canadiens disaient souffrir de troubles du sommeil (55 % des Québécois), ce qui est, il me semble, impressionnant comme proportion. Devant ces chiffres, j’aurai à nouveau ce réflexe, je l’avoue, qui m’amène à tenir devant les statistiques une sorte de scepticisme empreint d’une sincère curiosité pour ce qui relèverait de l’inconscient. Un sondage est toujours lié au langage conscient utilisé pour répondre aux questions, évidemment. Nous ne répondrons que selon ce que nous connaissons de nous, d’une part, et avec les outils langagiers qui traînent dans l’époque.

Ici, le mot « trouble », encore, serait susceptible de venir s’accoler bien rapidement sur ce qui pourrait aussi relever d’une nécessité autre que celle seulement portée par le symptôme, à laquelle on ne s’intéresse jamais bien longuement dans cette manière hypermoderne de classer les manifestations, surtout sur leur apparence. Les statistiques, comme nous le rappelle le politologue Jean-Guy Prévost, agissent aussi comme des « métaphores involontaires », « la question “combien ?” étant sans doute l’une des plus courantes que l’on se pose à propos d’à peu près n’importe quoi ».

Intégrées à des discours ayant inévitablement des dimensions sociopolitiques, elles deviennent, par le fait même, des outils rhétoriques. Dire qu’on ne dort plus, ou peu, ou mal, dans cette proportion, c’est aussi souvent une manière de poser rapidement les bases pour la suite : consultations, médications, solutions techniques, balados et autres algorithmes qui nous proposeraient des........

© Le Devoir