Choc de cultures en santé
Il y a quelques années, j’accompagnais ma mère à l’hôpital. Elle venait d’apprendre qu’il ne lui restait que quelques semaines à vivre. Pour changer les idées noires de ma mère cantonnée dans une chambre avec trois autres malades, je souhaite l’amener sur le balcon de l’étage pour lui jouer un peu de musique, mais je ne sais pas si j’ai le droit de le faire. Je m’approche d’une femme au poste de garde. « Excusez-moi, Madame, lui dis-je. Est-ce que je peux… » Elle me coupe immédiatement. « Je ne peux pas vous aider, je suis médecin », dit-elle. Ouch !
Cette réplique m’a renversé. Cette personne ne sait même pas ce que je veux lui dire, mais elle m’assène une fin de non-recevoir préventive. Je suis sur un étage qui accueille des malades et leurs visiteurs. Tout le monde y vit une certaine détresse. Et voilà qu’une médecin me dit qu’elle n’est pas là pour m’aider. Il faut comprendre, évidemment, que répondre à un quidam n’entre pas dans sa définition de tâches.
J’ai ressenti, à ce moment, un fossé entre la culture bureaucratique du système de santé et la mienne, dans laquelle on essaie de répondre aux gens qui nous posent poliment des questions. Le concept de « banalité du mal » d’Hannah Arendt m’est venu en tête : on applique les règles sans réfléchir, et tant........
