À l’arraché, oui, mais un mandat
Cette année-là, le premier décembre tombait un mardi. Le temps était couleur maussade. En particulier dans la tête de l’homme qui venait d’être élu premier ministre du Québec. La veille, 43 % des électeurs — et une petite moitié de francophones — lui avaient donné 78 sièges. C’était moins que prévu. En tout cas moins que voulu. D’autant que l’adversaire libéral, qui avait pourtant fait une campagne à ce point catastrophique qu’on lui précisait une carrière politique québécoise mort-née, avait grappillé davantage de voix encore.
Une victoire plus nette avait échappé à Lucien Bouchard précisément parce qu’il avait clairement indiqué qu’une fois élu, et si les « conditions gagnantes » étaient réunies, il allait reposer aux Québécois la question qui avait failli les rendre indépendants en 1995, trois ans plus tôt. Les derniers sondages sur la souveraineté donnaient le Oui à 46 %, donc à un niveau supérieur aux saisons qui avaient précédé le grand rendez-vous de 1995.
C’est précisément parce que le chef du Parti québécois avait insisté sur cette perspective que, en fin de campagne, des Québécois hésitants avaient mis le pied sur le frein, lui ravissant l’honneur d’avoir une pluralité des voix, mais reportant leur appui sur l’autre acteur référendaire, Mario Dumont, qui en récoltait 12 %.
Mon opinion de conseiller du premier ministre est que nous avions pour ainsi dire payé, en fin de parcours, notre droit de se réengager........
