Nos banlieues doivent cesser de se cacher derrière leurs clôtures
On parle beaucoup, dans le débat public québécois sur le logement, de logement social, de loyers, de promoteurs et de mises en chantier. On parle beaucoup moins d’un mot pourtant central pour comprendre la crise actuelle : le zonage. Et plus précisément, de ce que le zonage résidentiel exclusif a produit, en silence, depuis près d’un siècle : une répartition profondément inégale de la responsabilité de loger la population entre les municipalités d’une même région métropolitaine.
Le concept qui permet de nommer ce phénomène s’appelle la justice spatiale. Il se distingue de la mixité sociale, plus familière, qui vise une cohabitation locale de ménages de revenus différents, souvent réduite à des quotas dans un projet immobilier donné. La justice spatiale pose une question plus large et plus dérangeante : qui, au juste, a le droit de transformer l’espace urbain, et selon quelles règles ? La littérature scientifique met en garde contre la tentation de confondre la mixité, instrument ponctuel, avec la justice spatiale, qui exige une transformation structurelle des règles du jeu elles-mêmes.
Or ces règles, au Québec comme ailleurs en Amérique du Nord, ont longtemps favorisé un seul modèle : la maison unifamiliale, sur un grand terrain, dans une banlieue qui........
