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Chronique | Zone de turbulences

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11.04.2026

La nuit tombée, il arrivait que Nixon, seul, éméché, le cheveu en bataille et effondré dans un fauteuil, agrippe son téléphone pour réclamer un plan d’attaque, ordonner un bombardement, invectiver et menacer chefs d’État étrangers et généraux américains, pour s’abîmer enfin dans un sommeil lourd de psychotropes et d’alcool. « S’il avait pu faire ce qu’il voulait, il y aurait eu une guerre nucléaire chaque semaine », disait Kissinger. Était-il fou au point de précipiter le monde vers l’abysse ? Était-il véritablement « prêt à faire n’importe quoi pour conclure la guerre », comme il le clamait ? Lors de ce moment de grande insécurité internationale, la « dissuasion par irrationalité » devenait un levier redoutable — d’autant plus efficace qu’une poignée de conseillers aguerris en politique étrangère, au nombre desquels Henry Kissinger et Alexander Haig, formaient un rempart rationnel.

Mais voilà. Le président actuel n’est pas nixonien. Et la « théorie de l’homme fou » est passée aux travaux pratiques. Du Venezuela au Groenland, de Cuba à la Colombie, du Canada au Japon, de l’OTAN à l’Iran, il n’a plus de limites. Même le Vatican est apparu dans sa ligne de mire. Lors d’une rencontre houleuse au Pentagone, où le cardinal Christophe Pierre a été convoqué en janvier, l’Église catholique se serait vu intimer l’ordre de rentrer dans le rang, à en croire un reportage du Free Press, et de soutenir la croisade du secrétaire à la Défense — avec, en filigrane, des menaces à peine voilées d’ « avignoniser » la papauté.

Car de rationalité, il n’y a point. Ni au Bureau ovale, ni parmi les thuriféraires qui gravitent autour. Chercher un grand dessein à ses actions, une intelligence à son « instinct », revient à octroyer à ce gouvernement une........

© Le Devoir