Danemark : Mette Frederiksen, la première ministre sortante en passe de gagner son pari
Portée par la crise au Groenland, la première ministre sociale-démocrate a provoqué des législatives anticipées, qui se tiennent ce mardi. Sa tentation de constituer une nouvelle coalition avec les partis de gauche pourrait être stoppée net du fait de ses positions très droitières sur l’immigration.
Nous sommes le vendredi 23 janvier. En pleine crise au Groenland, Mette Frederiksen se promène le long de la promenade côtière située à l’ouest de Nuuk, aux côtés de ses conseillers et de son homologue groenlandais, Jens-Frederik Nielsen. Plongée dans le noir, sous un froid mordant, la première ministre danoise de centre-gauche apparaît pensive. Réfléchissait-elle déjà à convoquer des élections législatives anticipées ?
La décision sera actée quelques semaines plus tard, sept mois avant la fin de son deuxième mandat : les quelque 4,3 millions d’électeurs danois sont appelés aux urnes ce mardi pour renouveler les 179 sièges du Folketing (Parlement).
Minée par une baisse de popularité l’an dernier et une déroute des sociaux-démocrates (SD, centre-gauche) aux municipales de novembre – notamment à Copenhague, Mette Frederiksen a connu un regain de sympathie depuis le début de l’année, ce à la faveur de son face-à-face avec Donald Trump et ses velléités d’annexion du Groenland. Avec ses alliés européens, elle est en effet parvenue à tenir tête au locataire de la Maison-Blanche, qui l’avait publiquement qualifié de « méchante ».
Le retour du clivage gauche-droite ?
Son parti n’a pas bénéficié du même élan, bien que donné en tête à 21,4 % selon un sondage réalisé lundi par l’institut YouGov, soit 6 points de moins par rapport au scrutin de 2022. À sa gauche, le Parti populaire socialiste (SF) tire profit de ce recul, avec 13 % d’intentions de vote, tandis que l’Alliance rouge et verte est créditée de 6,5 %.
Ces législatives pourraient être l’occasion d’un retour de la traditionnelle logique des blocs de gauche et de droite au Danemark, dont le gouvernement de coalition sortant avec la droite et le centre (SD, Venstre et les Modérés) avait brisé 40 ans d’existence. Ce dernier serait désormais privé de la majorité absolue. Donnés à 6,6 %, les Modérés (centre-droit), emmenés par l’actuel ministre des Affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, pourraient être déterminants quant à la constitution d’une nouvelle coalition, l’intéressé ayant été un acteur de premier plan de la crise avec Washington.
« Le peuple groenlandais détient l’autorité sur ses terres et ses ressources » : plongée dans la résistance inuite face aux appétits de Donald Trump
À noter que les quatre sièges ultramarins au Folketing, destinés aux candidats du Groenland et des Îles Féroé, pourraient également s’avérer décisifs. À droite, l’Alliance libérale arriverait en troisième position (11 %), devant Venstre (8,6 %) et le Parti populaire conservateur (7,6 %). Les sondages donnent respectivement les deux formations d’extrême droite, le Parti populaire danois – qui poussait à un rapprochement avec Donald Trump – et les Démocrates danois, à 9,5 % et 6,9 %.
Le Danemark, le plus strict d’Europe en matière d’immigration
Dans cette configuration, Mette Frederiksen est tentée de se tourner à sa gauche. Durant une campagne éclair de seulement trois semaines, elle a semblé donner des gages à SF et à l’Alliance rouge et verte, en portant par exemple la réintroduction de l’impôt sur la fortune pour les patrimoines supérieurs à 25 millions de couronnes (3,3 millions d’euros), afin de financer des investissements dans le domaine de l’éducation et de la protection sociale.
Pas sûr que cela suffise, tant la première ministre mène par ailleurs une politique très droitière concernant l’immigration et n’hésite pas à viser un objectif « zéro demandeur d’asile » au Danemark. Le pays est ainsi devenu l’un des plus stricts d’Europe en la matière. Pour certains observateurs, ce virage constitue surtout une stratégie de sa part pour contrer la montée de l’extrême droite.
Après son face-à-face avec Donald Trump, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, veut profiter de sa popularité et avance les législatives
Pourtant, la cheffe de file des sociaux-démocrates a été aperçue pas plus tard que la semaine dernière, lors du sommet des dirigeants de l’Union européenne, tout sourire au côté de la présidente d’extrême droite du Conseil italien, Giorgia Meloni. Après un échange de selfies, les deux homologues ont publié une déclaration conjointe, soulignant une convergence idéologique s’agissant de l’immigration.
« Le conflit qui sévit actuellement au Moyen-Orient suscite de plus en plus d’inquiétudes à plusieurs égards, et s’étend dans une région qui accueille déjà un grand nombre de personnes déplacées. Nous ne pouvons pas prendre le risque de voir se reproduire les flux de réfugiés et de migrants vers l’UE que nous avons connus en 2015-2016 (…) Cela implique de renforcer encore nos frontières afin que tous les États membres soient suffisamment équipés pour garantir que l’UE exerce un contrôle total sur ses frontières extérieures », expliquent-elles dans ce document. Paradoxalement, d’après une enquête de l’institut d’opinion Voxmeter, seulement 8,8 % des Danois interrogés estiment que la question des réfugiés est un enjeu décisif.
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