Une spoliation oubliée : les rescapés de la Shoah et les difficultés pour récupérer leurs biens et leur logement
Des dizaines de milliers d’appartements de juifs parisiens ont été pillés et réattribués pendant l’Occupation. Après la guerre, les survivants de la Shoah doivent affronter une nouvelle épreuve : récupérer leur logement et leurs biens au milieu d’obstacles juridiques et administratifs.
En 1945, une foule en colère se retrouve face à Aba Mizreh et à quatre de ses fils devant leur ancien domicile parisien. La famille juive s’était réfugiée à Lyon pendant la Seconde Guerre mondiale, pour découvrir à son retour que son appartement avait été pillé puis reloué en son absence. Malgré un avis d’expulsion, les nouveaux occupants refusaient de partir, et l’affaire dégénéra en bagarre. Après cet affrontement violent, Mizreh écrivit au gouvernement français :
« Ne suis-je pas en droit, après avoir tant souffert, de retrouver mon bien ? N’ai-je donc vraiment pas assez payé pour cette guerre ? »
« Ne suis-je pas en droit, après avoir tant souffert, de retrouver mon bien ? N’ai-je donc vraiment pas assez payé pour cette guerre ? »
Aba Mizreh, alors âgé de 68 ans, était un des 160 000 survivants de la Shoah à Paris qui tentaient de reconstruire leur vie après les ravages de l’occupation nazie. De ses 11 enfants, cinq fils avaient combattu pour la France et six avaient été déportés ; au moins deux ont été assassinés à Auschwitz.
Il souhaitait alors simplement retrouver l’appartement de trois pièces qui lui servait à la fois de logement et d’atelier de fourreur, afin de subvenir aux besoins de sa femme et de ses petits-enfants devenus orphelins.
Dans mes recherches sur la spoliation et la restitution des logements juifs à Paris, j’ai constaté que les questions de propriété sont souvent négligées dans les études sur la Shoah. Pourtant, pour les juifs en France, récupérer leur logement et leur mobilier était essentiel pour reconstruire leur vie. Ces questions sont également cruciales pour comprendre l’impact financier et émotionnel durable de la Shoah.
Ces situations révèlent également les limites des tentatives de l’État pour réparer le passé. Les lois françaises concernant la récupération des appartements, des biens pillés et l’indemnisation des dommages liés à la guerre promettaient l’égalité entre toutes les victimes du conflit. En réalité, elles ont créé des obstacles bureaucratiques et favorisé les victimes non juives de la guerre. Pour beaucoup de ceux qui ont tenté de récupérer leurs biens, la réponse à la question d’Aba Mizreh était........
