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Iran : du régime des mollahs au régime des Gardiens

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15.03.2026

Azadeh Kian, sociologue franco-iranienne, est depuis des années l’une des observatrices les plus fines de la société iranienne. Alors que le brouillard de la guerre est encore très épais au-dessus de l’Iran, elle explique dans cet entretien l’évolution qu’a connue le régime au cours de ces derniers mois, ce qu’implique la nomination de Mojtaba Khamenei au poste de guide suprême et souligne le sort effroyable de la population iranienne.

Que sait-on de la situation en Iran et comment les informations en proviennent-elles ?

Internet est totalement coupé, mais ceux qui ont des VPN très efficaces peuvent de temps en temps communiquer avec l’extérieur. Hier, par exemple, j’ai essayé de contacter des amis sur place ; ils n’ont pas pu prendre mon appel, mais ils ont vu que je les avais appelés et ont réussi à m’envoyer un texto pour dire qu’ils ne pouvaient pas répondre, mais qu’ils étaient en sécurité. Les rares fois où on parvient à parler de vive voix, ça coupe tout le temps. Restent les sources journalistiques, comme ce journaliste franco-iranien qui se trouve à Téhéran, Siavosh Giazi, et aussi les journaux iraniens, qui peuvent encore publier des articles et rendre compte des bombardements et des déplacements de populations.

Il en ressort à ce stade qu’une école pour filles a été bombardée dès les premiers jours de la guerre, tuant 168 écolières ; que plusieurs hôpitaux, musées, monuments historiques classés par Unesco ont été bombardés ; que près de 5 000 personnes ont été tuées pendant les dix premiers jours ; que 22 000 immeubles résidentiels ont été détruits ; et qu’entre 2 et 3 millions d’Iraniens ont déjà dû quitter leur foyer du fait de la guerre. D’ici, je n’ai aucun moyen de vérifier ces informations. Mais les photos qui sont publiées dans ces journaux semblent crédibles : on y voit des immeubles résidentiels qui ont été détruits ou encore, ce vendredi 13 février, la « journée d’Al-Qods », c’est-à-dire de Jérusalem, des images de grandes manifestations en soutien au régime dans de nombreuses villes. Bien sûr, ces rassemblements sont organisés par l’État – mais, justement, leur tenue montre que l’État existe toujours en Iran et que malgré la guerre, les bombardements, l’assassinat d’énormément de dirigeants, le pays continue à fonctionner tant bien que mal.

Selon les informations que j’ai pu obtenir, il n’y a pas encore de pénurie en ce qui concerne les produits de première nécessité, mais les prix ont énormément augmenté et le pouvoir d’achat s’est effondré. De même, à cause de la guerre, une grande partie des emplois, surtout des emplois précaires, ont disparu. La guerre a un impact majeur sur la population civile iranienne qui est prise en étau entre les bombardements et un régime dictatorial, corrompu et plus répressif que jamais : j’ai vu à la télévision iranienne officielle des gardiens de la révolution menacer ouvertement de mort quiconque oserait manifester contre le régime, ou même diffuser des messages hostiles au régime : « Notre doigt est sur la gâchette », disent-ils.

Ce vendredi, par exemple, ils ont annoncé avoir arrêté quatre personnes qui avaient envoyé des images à des chaînes de télévision étrangères qui diffusent en persan. Et à Fardis, dans le nord du pays, deux frères qui avaient exprimé leur joie à l’annonce de la mort de Khamenei ont été abattus sur place.

Comment expliquer cette résilience d’un régime qui a été dans une large mesure décapité une première fois en juin dernier et plus encore depuis le 28 février ?

C’est un régime institutionnalisé. À chaque niveau, la fonction compte beaucoup plus que la........

© The Conversation