Le Royaume‑Uni a‑t‑il besoin d’un nouveau Winston Churchill ?
Depuis le Brexit, évènement éminemment churchillien, le Royaume-Uni subit une instabilité politique chronique. Pas moins de cinq premiers ministres se sont succédé à la tête d’un pays dont certains spécialistes commencent à questionner la gouvernabilité. Alors que les spéculations vont bon train quant à l’identité du successeur potentiel de l’actuel premier ministre, Keir Starmer, sur la sellette, est-ce de Churchill que le candidat idéal devrait s’inspirer ?
Un récent article du Guardian compare la situation politique actuelle outre-Manche, où la durée de vie des gouvernements oscille dernièrement entre quelques semaines et plusieurs mois, à celle de la IVᵉ République française, dont l’état de crise permanent avait été résolu, en partie, par l’avènement d’un homme providentiel, Charles de Gaulle. Il est dès lors tentant, de par leur similitude dans la mémoire collective, de voir dans la figure tutélaire de Winston Churchill (1874-1965) un repère dont il conviendrait de s’inspirer pour mettre un terme à l’instabilité.
Churchill a longtemps été adulé et plus récemment remis en question. Son souvenir a de nouveau été mis sur le devant de la scène par l’épineuse question européenne, notamment durant l’acrimonieux débat du Brexit qui a renforcé la polarisation de la société britannique : aurait-il voté pour ou contre ? Si sa riche carrière, durant laquelle il a promu la création d’une Europe unie (mais sans le Royaume-Uni, pour lequel il préférait une relation spéciale avec les États-Unis), a permis aux pro et anti-UE d’ériger Churchill en figure de proue, c’est avant tout le souvenir d’un pays uni et auréolé d’une victoire sur la barbarie nazie qui plaît dans l’imagerie churchillienne.
Pour autant, les leaders politiques actuels devraient-ils s’inspirer du grand homme pour dépasser ce qui ressemble à une voie sans issue ?
Chef de guerre plus que leader en temps de paix ?
La réponse n’est pas si évidente. Un minimum de connaissances en civilisation britannique fait pencher la balance en faveur d’une réponse négative. Churchill était avant tout un chef de guerre, sans véritable vision à long terme pour un pays en temps de paix. Les électeurs le lui ont d’ailleurs clairement fait comprendre en 1945 en choisissant un premier ministre bien moins charismatique, mais bien meilleur administrateur et capable de compromis, en la personne de son opposant travailliste Clement Attlee.
L’histoire que Churchill avait proposée durant la Seconde Guerre mondiale était celle d’un Royaume-Uni triomphant et éternel, sûr de sa force et de son rayonnement mondial, dont se sont d’ailleurs inspirés les promoteurs du Brexit, de Boris Johnson à Nigel Farage. Mais cette vision glorieuse nécessitait la présence constante d’un ennemi à combattre et l’analogie douteuse qu’il a établie durant la campagne de 1945 entre le potentiel gouvernement travailliste et la Gestapo n’était pas en phase avec le désir de paix du peuple britannique.
Au-delà de l’incompatibilité du storytelling churchillien avec la situation d’après-guerre – et, de fait, avec la situation présente –, les futurs dirigeants du pays........
