Quel consentement autochtone ? Ce que nous apprend un exemple venu d’ailleurs
La question de l’adhésion ou du rejet de projets d’énergie ou d’infrastructure par les communautés autochtones fait de plus en plus la manchette, au Québec comme ailleurs. L’étude d’un cas aux Philippines fait ressortir les réalités complexes qui se jouent sur le terrain, au-delà d’une opposition binaire.
Le Canada, comme bien d’autres pays, a une histoire houleuse avec les communautés autochtones qui peuplent son territoire. Au Québec, les grands barrages et autres projets énergétiques sont souvent au cœur des conflits. Récemment, la communauté innue de Pessamit, sur la Côte-Nord, a rejeté un accord négocié entre son Conseil de bande et Hydro-Québec.
Différentes communautés autochtones résistent aussi à des projets des industries minières, pétrolière et gazière à travers le pays.
Elles s’opposent à l’exploitation de leurs terres et mettent en lumière le non-respect des obligations de consulter du gouvernement et des compagnies, ainsi que leur tendance à négocier bilatéralement avec chaque communauté plutôt que collectivement.
Cependant, certaines communautés consentent à certains projets sur leurs territoires ancestraux, pourtant au cœur de leur identité culturelle, de leur souveraineté territoriale et de leurs moyens de subsistance. Comprendre pourquoi peut venir éclairer nos débats actuels.
En tant que doctorante en affaires internationales à HEC Montréal et chercheuse affiliée au CÉRIUM, mes travaux portent sur les résistances plurielles à l’extractivisme minier dans le cadre de la transition énergétique mondiale. Avec Dominique Caouette, titulaire de la Chaire d’études asiatiques et Indo-Pacifiques, et Dalia Aktouf, titulaire d’une maitrise en sciences politiques de l’Université de Montréal, nous nous sommes intéressés au cas de la province d’Agusan del Norte, aux Philippines.
Notre étude, destinée à être publiée dans un numéro spécial sur les cosmopolitiques autochtones, que prépare la revue Les Cahiers du CIERA (Centre interuniversitaire d’études et de recherches autochtones) révèle des dynamiques plus complexes que ce qui est souvent perçu.
Tensions internes et dynamiques de pouvoir
Dans le nord de l’île de Mindanao, un territoire ancestral appartenant à cinq clans autochtones a été exploité par la compagnie Agata Mining Ventures Inc pour un projet de mine de nickel. Notre cochercheuse Dalia Aktouf y a mené 40 entretiens pendant plusieurs mois avec les différents clans Mamanwa et........
