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«C'est devenu la petite du village»: à Suèvres, sur les traces de l'inconnue de l'A10

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21.07.2026

Un après-midi d'août 1987, le corps d'une enfant de 4 ans est retrouvé sur le bord de l'autoroute A10, dans le Loir-et-Cher. Pendant plus de trois décennies, son identité restera un mystère. Elle est enterrée au cimetière de Suèvres, où les habitants ont fini par «l'adopter».

21 juillet 2026 à 12h00

Mathilde Beaugé, Pierre Ferrandis

Attablé devant une tasse de café chez elle, le journaliste Jacques Pradel a achevé de la convaincre. Mathilde Denis ira à Paris pour témoigner sur TF1 dans sa nouvelle émission télévisée, «Témoin numéro 1». Ce jour-là, au début des années 1990, la septuagénaire n'avait pourtant aucune envie de sortir. Elle vient de perdre son mari, elle broie du noir. Son fils André a vu des journalistes sur la place du village et l'a poussée dehors, pour qu'elle se change les idées. «Ma mère était très belle et en plus elle était corse, comme Jacques Pradel. Elle a été repérée vite fait pour être interviewée», se souvient André, trois décennies plus tard, installé dans un fauteuil en velours devant sa cheminée. C'est comme ça que tout a commencé.

Bien sûr, avec sa femme Annick, ils avaient entendu parler de cette affaire, comme tout le monde. Une petite fille retrouvée un jour d'été, le 11 août 1987, le long de l'autoroute A10, à quelques kilomètres de là. Son corps mutilé, enterré tout près de chez eux au cimetière de Suèvres (Loir-et-Cher). L'enquête qui s'enlise.

«Dans un village comme le nôtre, une mouche qui vole de travers, tout le monde le sait», sourit l'homme aujourd'hui âgé de 79 ans en remontant le fil de ses souvenirs. Sa mère a été la première à témoigner de cette histoire à la télévision, le 3 novembre 1993. À ce moment-là, personne ne sait qui est cette enfant retrouvée dans une couverture au bord de l'A10 six années plus tôt. Quelque 120.000 affiches ont été diffusées, 66.000 écoles visitées et 4.000 personnes interrogées à travers la France. Rien.

Alors que l'information judiciaire a été close par le juge d'instruction en 1991 et que l'identité de la petite fille s'apprête à basculer dans l'oubli, l'animateur vedette Jacques Pradel entend faire relancer l'enquête en prime time. Le premier volet de son émission «Témoin numéro 1», consacré à «la petite martyre de l'A10», rassemble plus de 9 millions de téléspectateurs. Juste après le passage de Mathilde sur TF1, André et Annick sont victimes d'un accident de voiture et doivent s'installer chez elle quelque temps. Ça tombe bien: ils ne seront pas de trop pour l'aider à gérer les dizaines de coups de fils qu'elle reçoit presque tous les jours.

«C'était facile de trouver notre numéro, à l'époque on n'avait pas de portables, juste des fixes. La SRPJ d'Orléans nous avait mis sur écoute. Quand je rentrais du travail pour déjeuner, je passais mon heure de repas à répondre au téléphone», raconte Annick à côté de son mari. Elle se souvient que la plupart des appels étaient farfelus.

Après toutes ces années, ces deux-là ont pris l'habitude d'être sollicités par les journalistes. Comme à l'époque où la police les mettait à contribution pour........

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