«Je suis tombée par hasard sur le compte ChatGPT de mon petit ami, ça a mis fin à notre relation»
«Je suis tombée par hasard sur le compte ChatGPT de mon petit ami, ça a mis fin à notre relation»
Lindsey Hall – Traduit par Bérengère Viennot – Édité par Émile Vaizand – 23 avril 2026 à 7h00
«Il ne s'agissait pas d'infidélité ou de trahison spectaculaire. Ce que j'ai lu était bien pire.» Dans une chronique, l'autrice Lindsey Hall raconte comment elle a découvert les conversations de son désormais ancien compagnon avec le célèbre chatbot. Des échanges qui la concernaient directement, elle, ainsi que son couple.
Temps de lecture: 12 minutes
[Cet article est l'adaptation d'une chronique de la newsletter Lindsey Hall Writes. Vous pouvez vous abonner ici.]
J'ai découvert que mon ex-petit ami s'interrogeait sur les sentiments et l'attirance qu'il éprouvait pour moi de la manière la plus dystopique et ridiculement moderne qu'on puisse imaginer: par le biais de ChatGPT.
Un vendredi à minuit, alors que je travaillais encore et que lui ronflait joyeusement la tête appuyée sur mon épaule, soudain mon téléphone est tombé en panne au beau milieu d'un échange avec un client. «Et merde», ai-je grommelé. Je me suis retournée pour attraper son ordinateur portable posé par terre afin de soumettre à l'IA la dernière réponse que j'avais rédigée, épuisée et les yeux vitreux.
J'ai allumé son ordinateur et sa page ChatGPT, presque de façon poétique, s'est affichée directement au beau milieu de l'écran. Tout en copiant-collant mon mail, mes yeux se sont égarés vers le côté gauche de l'écran et c'est là que j'ai vu, dans la barre d'outils, un échange intitulé: «Doutes et problèmes de couple.»Mes yeux sont restés figés sur ces mots.
À ce stade, je suis certaine que beaucoup me diront que je suis responsable de mon propre malheur. Que j'ai violé sa vie privée. Que je n'aurais jamais dû lire ce que j'ai lu. Qu'il a bien le droit de partager ses pensées intimes avec un robot. Et bien entendu, tout cela est vrai. Mais je vous mets au défi de tomber sur la conversation de votre partenaire avec ChatGPT, de lire ces mêmes mots et de ne pas jeter tous vos principes moraux par-dessus bord.
Et laissez-moi vous dire que j'aurais vraiment voulu ne jamais avoir pris connaissance de ce que j'ai lu. Déjà parce qu'il y a quelque chose de particulièrement humiliant à tomber sur l'impitoyable flux de pensée de quelqu'un à votre endroit; surtout lorsque ce quelqu'un vous a embrassée, dort à vos côtés, vous a présentée à sa famille et donne l'impression qu'il vous a choisie entre toutes.
Ceux d'entre nous qui cherchent l'amour vivent leurs relations et leur vie intime convaincus, peut-être de façon un peu idiote, que la personne qui vous a choisie vous regarde délibérément avec une certaine indulgence. Que même lorsque vous êtes difficile à vivre, bordélique, névrosée, incommode, elle reste, fondamentalement, dans votre camp. Il est très perturbant alors d'être confrontée au fait que notre place dans l'esprit de quelqu'un est tout à fait provisoire.
«Il serait bon d'envisager de mettre un terme à ta relation»
J'ai commencé à cliquer sur la discussion, en me disant, tout en sentant l'irritation monter, que le problème concernerait mes félins. Vivre avec trois chats a été un problème dès le départ. Lorsque nous nous sommes rencontrés, je n'en avais qu'un. Au moment où nous avons commencé à sortir ensemble, j'en avais deux de plus. Ces adoptions avaient eu lieu au Monténégro, où le nombre de chats errants est plus impressionnant que nulle part ailleurs. Deux chatons m'avaient regardée avec leurs petits yeux malades et je m'étais transformée en la Florence Nightingale de la litière [en référence à l'infirmière pionnière britannique du XIXe siècle, ndlr].
Je m'étais donc préparée mentalement à lever les yeux au ciel en lisant ses récriminations habituelles: trop de chats, pas assez d'espace, une vie trop chaotique, trop d'engagement félin à long terme pour un homme épris d'ordre, de paix et de surfaces propres. «Oh mais pitié…», ruminais-je en cliquant.
«Suis-je supposé être encore amoureux au bout de trois mois et demi?», était la première question que mon petit ami avait posée à son Freud robotique.
Mais la première chose que j'ai vue n'avait rien à voir avec un chat. C'était la dernière réponse de ChatGPT: «Si je me base sur ce que tu me dis, il serait bon d'envisager de mettre un terme à ta relation.»J'ai été frappée de stupeur.Oh.Je ne m'attendais pas à ça.Je suis remontée au tout début de la conversation.
«Suis-je supposé être encore amoureux au bout de trois mois et demi?», était la première question que mon petit ami avait posée à son Freud robotique. J'ai pris comme un coup de poing dans le ventre: ce que cette question impliquait était si clairement en ma défaveur que mes mains sont devenues moites en une fraction de seconde.
J'ai fait le calcul: cela faisait pratiquement six mois que nous étions ensemble, j'ai donc........
