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À la fin du Moyen Âge, la comptabilité n'était pas qu'une affaire d'hommes

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26.04.2026

À la fin du Moyen Âge, la comptabilité n'était pas qu'une affaire d'hommes

Justine Audebrand, Nonfiction – 26 avril 2026 à 17h00

Aux XVe et XVIe siècles, les femmes florentines, loin d'être uniquement passives, pouvaient lire, écrire et compter, comme en témoignent leurs livres de comptes.

Temps de lecture: 7 minutes

Comment analyser les livres comptables des femmes florentines de la fin du Moyen Âge? Que révèlent-ils de leurs activités, de leurs capacités d'écriture et de comptage? Comment même les trouver, les traquer dans les archives, alors que l'on a pendant longtemps pensé qu'ils n'existaient pas vraiment? C'est à ces questions épineuses que répond avec brio Serena Galasso, aujourd'hui chercheuse postdoctorante à Padoue, dans ce beau livre issu de sa thèse: Le droit de compter – Les livres de gestion et de mémoires des femmes (Florence, XVe-XVIe siècles). En s'appuyant aussi bien sur la paléographie que sur l'anthropologie historique, l'ouvrage propose une étude totale des livres de comptes des Florentines des XVe et XVIe siècles, dans une société particulièrement restrictive à l'égard des femmes.

Sortir de l'exceptionnalité

L'un des nombreux mérites du livre est de questionner à nouveaux frais la relation entre les femmes et l'écrit. Serena Galasso a identifié plus de 200 livres de comptes (ayant appartenu à un peu plus de cent femmes différentes) dans les archives toscanes des XVe et XVIe siècles, balayant définitivement l'idée que seuls les hommes, chefs de famille, pouvaient tenir des comptes. Il convient donc de sortir d'une idée ancienne selon laquelle les femmes écriraient peu, voire pas du tout, au Moyen Âge: l'accès des femmes à l'écrit, s'il est différent de celui des hommes, n'est pas exceptionnel. En outre, on ne peut comprendre ces documents que dans une étroite comparaison avec les pratiques des hommes pour comprendre ce qui ressort –ou non– du genre.

Cette démarche s'avère particulièrement fructueuse pour inscrire les femmes dans la culture de l'écrit de leur période. Il en ressort que, dans l'ensemble, les hommes et les femmes adhèrent à des «codes formels et linguistiques partagés». Au plan matériel, rien ne permet au premier abord de différencier un livre de comptes tenu par un homme d'un livre de comptes tenu par une femme. En revanche, il semblerait que les femmes aient une préférence pour des carnets de plus petite taille que les hommes, ce qui s'explique par la nature des enregistrements qu'elles y consignent. Il s'agit d'une comptabilité du quotidien, qui suppose bien souvent d'avoir un carnet dans sa poche.

À partir de 1550, la mutation des modèles pédagogiques et la valorisation du rôle de la mère de famille se traduit par une intensification des pratiques comptables des femmes.

L'approche par le genre permet........

© Slate