À voir au cinéma: «Amour(s)», «Retour avant 15h», «Lettres d'amour de ma grand-mère»
À voir au cinéma: «Amour(s)», «Retour avant 15h», «Lettres d'amour de ma grand-mère»
Les cinq films d'Alice Diop, de Claire Maugendre, d'Héléna Klotz, de Gaël Lépingle et de Lan Hongchun mobilisent de multiples ressources de cinéma pour rendre sensibles différentes formes d'affection.
Temps de lecture: 7 minutes
Par Jean-Michel Frodon
1er septembre 2026 à 19h55 – Édité par Manon Michel
Il y a trois films. Chacun dure environ une demi-heure, ce sont bien pour autant des films à part entière. Ils ont été réunis par l'association Les Grands Espaces, qui fait un remarquable travail de terrain autour de l'éducation à l'image dans le Sud-Ouest, et est également distributeur à l'échelle nationale.
On voit bien ce que ces trois films ont en commun: leur durée, le fait d'avoir été réalisés par trois femmes cinéastes françaises, et de concerner une ou des relations amoureuses contemporaines concernant des jeunes gens.
Mais chacun mobilise une forme cinématographique particulière, qui contribue à ce qu'on hésite à employer la formule d'usage en pareille circonstance: il n'y a pas trois films mais quatre, le quatrième étant le montage, au sens fort du mot, de ses trois composantes.
Dans ce cas, on ne peut pas vraiment dire qu'il y a un long métrage résultant de l'agencement des réalisations d'Alice Diop, de Claire Maugendre et d'Héléna Klotz. Ce qui ne diminue en rien l'intérêt de chaque proposition, mais impose de les laisser à leur singularité.
1.«Vers la tendresse», d'Alice Diop
Datant de 2016, le film marque un jalon important sur la trajectoire qui fait de son autrice une des figures majeures du cinéma français contemporain, statut désormais établi grâce au doublé Nous et Saint Omer en 2021-2022.
À partir d'un dispositif apparemment simple, en fait très complexe et riche d'échos multiples, la cinéaste explore un domaine laissé en jachère à l'époque –et ça ne s'est pas arrangé depuis. Son film se construit autour des rapports à l'amour de quatre jeunes hommes, longuement rencontrés et écoutés par la cinéaste. Quatre «jeunes des cités de Seine-Saint-Denis», selon une formule qui dit à la fois beaucoup de vérités et véhicule beaucoup de mensonges et d'incompréhension.
Il faudra attendre le générique de fin pour mieux percevoir la finesse de conception qui permet ces effets d'intelligence et d'émotions, de tristesse et d'angoisse que distille un film pourtant constamment habité par cette tendresse que nomme le titre.
Il s'agit en particulier d'un travail sophistiqué sur les voix, multiples, qui peuplent la bande son à partir des quatre témoignages accompagnant des images........
