Les mâles néandertaliens avaient visiblement un crush sur les femelles sapiens (ou l'inverse)
Les mâles néandertaliens avaient visiblement un crush sur les femelles sapiens (ou l'inverse)
Clément Poursain – 27 février 2026 à 12h00
En analysant des génomes anciens et modernes, des chercheurs avancent que la sélection sexuelle –et non la seule incompatibilité génétique– a façonné la répartition de l'héritage néandertalien chez l'humain moderne.
Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur Live Science
On savait déjà avec certitude que Sapiens et Néandertaliens s'étaient rencontrés, et que les deux espèces s'étaient mélangées. Une nouvelle étude génétique montre que les accouplements ont eu lieu surtout entre des mâles néandertaliens et des femelles Homo sapiens, ce qui pourrait enfin expliquer pourquoi certaines zones de notre génome, en particulier sur le chromosome X, sont presque dépourvues d'ADN néandertalien.
Depuis plus de vingt ans, les généticiens butent sur ces «déserts néandertaliens»: des régions de notre génome où l'on ne trouve quasiment aucune séquence héritée de nos cousins disparus, alors que la plupart des non‑Africains portent en moyenne 2% d'ADN néandertalien et certaines populations africaines jusqu'à 1,5%. On y voyait la trace de gènes néandertaliens jugés «toxiques» pour notre espèce, progressivement éliminés par la sélection naturelle, mais nous avions peut-être tort, explique un article de Live Science.
Alexander Platt, généticien des populations à l'Université de Pennsylvanie, résumait ainsi ce consensus: «Pendant des années, nous avons simplement supposé que ces déserts existaient parce que certains gènes néandertaliens étaient biologiquement “toxiques” pour les humains, comme c'est souvent le cas lorsque des espèces divergent.» Mais dans l'article publié le 26 février dans Science, ses collègues et lui défendent une autre explication, jugée plus plausible: la préférence de partenaire, un mécanisme bien connu de la sélection sexuelle.
Pour tester cette idée, l'équipe a comparé les génomes de trois Néandertaliennes avec ceux de 73 femmes de trois populations africaines actuelles dépourvues d'ascendance néandertalienne. Surprise: les chromosomes X des Néandertaliennes contiennent environ 1,6 fois plus d'ADN moderne humain que leurs autres chromosomes. Si l'incompatibilité génétique était seule en cause, on devrait voir l'inverse: peu de gènes sapiens chez les Néandertaliens sur ce même chromosome X.
Les chercheurs ont alors simulé différents scénarios (migrations biaisées selon le sexe, sélection naturelle, etc.). Même en supposant que la quasi‑totalité des humains modernes arrivés en territoire néandertalien étaient des femmes, on n'obtenait au mieux qu'un excès de 1,3, insuffisant pour expliquer les données. La configuration qui colle le mieux est celle où les mâles néandertaliens se reproduisent plus souvent avec des femelles sapiens que l'inverse, ce qui fait entrer beaucoup d'ADN moderne dans les X néandertaliens, mais peu d'ADN néandertalien dans les X humains.
«Cette explication s'ancre autour de la possession de chromosomes X», résume Alexander Platt: nous avons reçu relativement peu de chromosomes X néandertaliens, tandis qu'eux ont accumulé beaucoup d'ascendance sapiens sur leur X. Interrogé par Live Science, il reconnaît toutefois: «Je n'ai aucune idée de quelle préférence cela traduit ici.» En clair, impossible de dire si ce sont les femmes Homo sapiens qui trouvaient les Néandertaliens plus désirables, les mâles néandertaliens qui privilégiaient des partenaires modernes… ou les deux.
Désir, opportunité, domination
Des travaux antérieurs sur le chromosome Y, celui des mâles, montraient déjà l'existence de croisements entre hommes Homo sapiens et femmes néandertaliennes. La nouvelle étude n'exclut donc pas ces unions, mais suggère qu'elles ont été moins fréquentes. «Il ressort clairement de cette nouvelle étude que, dans les faits, les hommes néandertaliens et les femmes Homo sapiens s'appréciaient davantage que les femmes néandertaliennes et les hommes Homo sapiens», résument les auteurs. Reste une question vertigineuse: ces contacts étaient‑ils souhaités, tolérés, ou contraints? Les génomes ne peuvent pas tout raconter.
Alexander Platt et ses collègues n'excluent pas des scénarios plus complexes, combinant sélection naturelle, migrations différenciées selon le sexe et biais de reproduction. Ils insistent surtout sur les zones d'ombre: «Nous ne disposons tout simplement pas pour l'instant d'une signature génétique permettant d'aller au-delà de cela», concède le généticien. La répartition de l'ADN néandertalien dans notre génome n'est pas uniforme et d'autres mécanismes pourraient aussi contribuer à la rareté de ces séquences sur notre chromosome X.
Pour aller plus loin, l'équipe veut s'attaquer à une autre pièce du puzzle: l'organisation sociale des deux groupes. Les anthropologues savent que le choix du partenaire est en partie appris, façonné par les normes et les rôles de genre au sein d'une société. «Nous prévoyons d'étudier l'évolution des structures sociales et des rôles attribués à chaque sexe chez les Néandertaliens, ce qui pourrait nous éclairer sur la question, explique Alexander Platt, mais on en est encore loin.»
Ces 2% d'ADN néandertalien en nous ne sont pas seulement les reliques abstraites d'un croisement ancien, mais la trace de préférences très concrètes entre hommes et femmes de deux espèces différentes. Désir, opportunité, domination, ont façonné des choix ou des non‑choix, dont l'empreinte se lit encore aujourd'hui dans notre génome.
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