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Les futurs drones Shahed russes miseront tout sur la vitesse et ce n'est pas bon pour l'Ukraine

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06.03.2026

Les futurs drones Shahed russes miseront tout sur la vitesse et ce n'est pas bon pour l'Ukraine

Clément Poursain – 6 mars 2026 à 7h55

Selon l'expert Serhii Beskrestnov, les intercepteurs actuels risquent d'être dépassés par une nouvelle génération de drones russes capables de voler deux fois plus vite.

Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur Business Insider

L'expert ukrainien Serhii «Flash» Beskrestnov, récemment nommé conseiller du ministère de la Défense, avertit que la prochaine phase du conflit autour des drones Shahed (ou Geran quand ils sont produits en Russie) sera dominée par une seule variable: la vitesse. Selon lui, la priorité n'est plus de fabriquer toujours plus d'intercepteurs contre les modèles actuels, mais d'anticiper la génération suivante. «Il n'est pas nécessaire de devenir le “cent-unième” fabricant de drones contre les Shahed actuels. Nous devons travailler pour l'avenir», écrit-il dans un post Telegram relayé par Business Insider.​

Depuis deux ans, l'Ukraine a développé tout un écosystème de drones intercepteurs –de petits appareils pilotés en vue subjective (FPV), conçus pour foncer directement sur les Geran russes, ces versions produites en masse des Shahed iraniens. Leur avantage est économique: là où un drone d'attaque peut coûter de 10. 000 à 100.000 dollars (11.600 à 85.900 euros environ) un intercepteur se négocie plutôt entre 2.500 et 6.000 dollars l'unité (2.100 à 5.100 euros environ), parfois moins. Résultat: ils sont devenus indispensables à la défense aérienne ukrainienne face aux salves de drones bon marché envoyées par Moscou.

Serhii Beskrestnov prévient cependant que cette fenêtre d'efficacité pourrait rapidement se refermer. Il s'attend à ce que la Russie adapte ses Geran en trois temps: en intégrant des systèmes d'évitement, en traçant des corridors de vol plus sûrs et en les pilotant à très basse altitude pour échapper aux radars et aux intercepteurs. «Nous ferons face à cela, et tous les paris de l'ennemi se porteront sur la vitesse», assure-t-il.​

Des défenses bientôt obsolètes? 

Pour l'instant, le drone le plus courant côté russe est le Geran‑2, dérivé du Shahed‑136, qui vole autour de 185 km/h. Mais Moscou déploie de plus en plus de versions à propulsion par réacteur, appelées Geran‑3, capables d'atteindre environ 320 km/h. Serhii Beskrestnov estime désormais probable que ces Geran‑3 soient poussés à 400 km/h, tandis qu'un modèle plus récent, le Geran‑5, comparable au drone iranien Karrar, pourrait monter jusqu'à 600 km/h. «À un moment, tous nos drones intercepteurs risquent de se révéler inutiles», alerte-t-il.​

Côté ukrainien, les intercepteurs actuels sont des drones à hélice relativement bon marché. Ils ont progressivement été améliorés pour atteindre des vitesses de l'ordre de 350 km/h. Mais cette architecture a ses limites physiques: difficile d'aller beaucoup plus vite sans changer complètement de philosophie de conception, de matériaux et de motorisation. C'est précisément le saut technologique que l'expert appelle à préparer dès maintenant.​

«Si vous êtes fabricant, je vous demande de commencer à développer des systèmes d'interception pour des drones d'attaque à de telles vitesses dès maintenant, tant que nous avons encore du temps», écrit Serhii Beskrestnov. Son appel rappelle la phase de 2024, quand les ingénieurs ukrainiens ont commencé à plancher sur les premiers intercepteurs, alors que la menace Shahed montait en puissance. En 2025, ces modèles se sont imposés sur le marché ukrainien, au point que Kiev s'est fixé comme objectif d'en produire au moins mille par jour.

Reste une inconnue: ce modèle peut-il être transposé dans une guerre des vitesses extrêmes ou faudra-t-il repenser tout un écosystème de défense? Si les drones russes atteignent réellement les 500 ou 600 km/h, le ciel ukrainien ressemblera moins à un champ de bataille qu'à un circuit de course supersonique, où chaque retard d'innovation se paiera en infrastructures détruites. Serhii Beskrestnov prévient, en creux, d'un risque stratégique: si l'Ukraine ne gagne pas cette prochaine course à la vitesse, ce n'est pas seulement une génération de drones qui deviendra obsolète, mais tout un pan de sa défense aérienne.

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