Après des décennies de désamour, la tour Montparnasse entame son relooking écologique à 600 millions d'euros
Après des décennies de désamour, la tour Montparnasse entame son relooking écologique à 600 millions d'euros
Clément Poursain – 24 février 2026 à 12h00
Après des décennies de débats, la capitale mise sur une rénovation massive de son gratte-ciel le plus détesté, symbole d'un virage architectural et écologique.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur The New York Times
À 53 ans, la tour Montparnasse s'apprête enfin à changer de peau. Symbole d'un Paris brutaliste mal aimé, la tour de 210 mètres et son centre commercial déserté –sauf par les pigeons– vont être rénovés pour plus de 600 millions d'euros. Une première fermeture est prévue fin mars 2026, avec des travaux sur la tour durant l'été, le reste étant prévu en 2028.
Pendant un demi-siècle, l'immense monolithe marron et noir a défiguré le ciel parisien, presque unanimement détesté par les Parisiens qui la comparent à «la boîte dans laquelle a été livrée la Tour Eiffel», affirme le New York Times. La meilleure vue de Paris? Du 56e étage de la tour elle-même, car c'est le seul endroit où on ne la voit pas. Ouverte en 1973, elle reste le seul gratte-ciel du centre-ville historique, les autres ayant été relégués à La Défense.
Ce désamour pourrait pourtant changer. Les Parisiens se sont habitués à cette balafre peu mise en valeur par son esplanade déserte, et un grand projet de réaménagement vient de débuter sous la houlette d'un consortium d'architectes français, Nouvelle AOM. Façade transparente, lignes verticales brisées par des vérandas végétalisées et jardin luxuriant sur le toit, un véritable relooking écolo. L'édifice gagnera 12 mètres de hauteur, accueillera hôtels, commerces et services, tout en réduisant son empreinte carbone grâce au recyclage du béton existant.
La rénovation du centre commercial et de la dalle en béton échoit à Renzo Piano, l'Italien derrière le Centre Pompidou –un autre scandale parisien des années 1970 qui a fini par être adopté par la ville. À 88 ans, Piano refuse le terme de «démolition»: il veut «réparer» ce vestige des seventies en creusant la plateforme pour créer promenades piétonnes sinueuses, une piazza arborée et des espaces multifonctionnels (logements étudiants, commerces, terrains de sport). «Nous ne démolissons pas tout, nous transformons, insiste-t-il depuis son atelier parisien. C'est impossible de tout raser de toute façon.»
Philippe Goujon, maire Les Républicains du XVe arrondissement, avoue rêver de raser la tour pour en faire un jardin, mais juge la rénovation financièrement viable et «authentiquement parisienne». Carine Petit, maire écologiste du XIVe arrondissement, s'oppose quant à elle au projet: trop commercial et ne proposant pas assez d'espaces publics gratuits. «Les Parisiens et les touristes n'ont pas besoin d'un énième centre commercial», tranche-t-elle.
Caroline Morin, habitante de 37 ans et militante pour la cause animale, alerte sur une colonie de pigeons nichant au plafond du centre commercial et que les travaux délogeront sans doute. «OK, ils ne sont pas très populaires, mais ils existent, dit-elle après une réunion de quartier. Tout ce qu'ils veulent, c'est fonder une famille.» Pour elle, Paris se résume davantage aux pigeons, aux baguettes et aux bérets qu'aux tours.
Malgré le rejet initial, la tour est devenue avec le temps un symbole improbable: escaladée par Alain «Spider Man» Robert, vedette du film La Tour Montparnasse Infernale (2001), attraction touristique avec son restaurant jadis le plus haut d'Europe, elle a même été intégrée par Lego dans son set parisien.
Coût probable de l'opération: plus de 600 millions d'euros. Bloqué pendant des années par de longues tractations politiques, financières et architecturales, le chantier avance enfin après un protocole d'accord validé par le Conseil de Paris en 2025. La dalle sera déminéralisée (1.000 à 2.000 arbres devraient y être plantés) et reconnectée aux quartiers voisins via les rues et le parvis ouvert.
Piano insiste sur la sobriété durable de son entreprise, notamment en réutilisant le béton existant pour limiter les émissions de CO2. «Il faut capter l'esprit du moment, dit-il, évoquant Beaubourg qui scandalisa certains Parisiens à l'époque. J'espère que ce ne sera pas pareil ici. Je ne pense pas.» Reste à savoir si ce relooking vert sera suffisant pour rabibocher la tour et sa ville.
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