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La guerre autour du détroit d'Ormuz menace un sanctuaire de baleines rares et de dugongs

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24.04.2026

La guerre autour du détroit d'Ormuz menace un sanctuaire de baleines rares et de dugongs

Anaé Rodier – 24 avril 2026 à 21h05

Alors que les bateaux retournent peu à peu dans le détroit d'Ormuz, le trafic maritime pèse lourdement sur les écosystèmes de la région. Mines, sonars et autres engins militaires continuent de modifier la zone, sous la surface.

Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur Wired

Sous la surface du détroit d'Ormuz et du golfe Persique qui l'entoure se trouve un véritable sanctuaire biologique. La région abrite environ 7.000 dugongs et une centaine de baleines à bosse, une population non migratrice contrainte de rester dans ces eaux. Le magazine américain Wired s'est penché sur les conséquences dramatiques de la guerre en Iran et au Moyen-Orient pour la faune locale.

Alors que Donald Trump a proclamé la réouverture du détroit d'Ormuz pour la durée du cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, la navigation reste en réalité très incertaine, sur fond de blocus naval américain et de menaces iraniennes de refermer le passage si Washington ne lève pas son «siège» des ports du pays. Mines supposées, présence militaire accrue et files de centaines de navires en attente de transit maintiennent le détroit dans un état de risque élevé, pour les routes commerciales comme pour les écosystèmes marins.

D'abord, la pêche commerciale, interdite en 2008, puis le réchauffement climatique ont déjà lourdement altéré l'environnement des baleines à bosse et fait diminuer leur nombre. Entre 2012 et 2021, leur population a chuté de 20% dans certaines zones maritimes. Ces espèces marines, adaptées à des conditions extrêmes de chaleur et de salinité, représentent pour les scientifiques un modèle de résilience face au changement climatique. Mais leur survie immédiate est aujourd'hui de nouveau menacée par des activités humaines.

Le bruit constitue l'un des dangers majeurs. Les explosions sous-marines et les sonars militaires peuvent désorienter, voire blesser physiquement les cétacés. Les baleines dépendent du son pour se nourrir, se déplacer, se reproduire et communiquer. Lorsque cet environnement acoustique est perturbé, leurs comportements de survie sont affectés. Chez la baleine à bosse de la mer d'Arabie, qui ne migre pas, quitter la zone n'est même pas une option, ce qui la met encore plus en situation de stress.

Le trafic maritime produit des sons de basse fréquence similaires à ceux utilisés par ces animaux marins, brouillant leurs communications. Cette pollution sonore peut perturber leur alimentation et entraîner une réduction de leur activité de plongée, les plaçant dans une forme de jeûne forcé qui les affaiblit progressivement.

Un risque accru de pollution

Dans le corridor étroit d'environ 34 kilomètres que constitue le détroit d'Ormuz, les activités militaires accentuent encore les pressions. Les explosions génèrent des ondes de choc capables de tuer des poissons ou d'endommager le système auditif des mammifères marins. Même lorsqu'elles ne sont pas mortelles, ces perturbations peuvent avoir des effets durables sur leur capacité à survivre. D'autant que le golfe Persique présente une autre vulnérabilité majeure: il se renouvelle lentement. Il faut entre deux et cinq ans pour que ses eaux soient entièrement remplacées. Les polluants, comme le pétrole ou les débris, peuvent donc persister longtemps et affecter durablement les écosystèmes.

Une marée noire aurait des conséquences étendues, touchant les plages, les zones de reproduction des tortues et de nombreuses espèces marines, y compris les dauphins et les oiseaux. Même en surface, la pollution peut modifier les comportements: les nappes de pétrole attirent les poissons, exposant ainsi d'autres espèces à des zones contaminées.

Pour les dugongs, la menace est différente, mais tout aussi grave. Ces mammifères marins herbivores dépendent des herbiers marins, qui nécessitent de la lumière pour se développer. Or, les nappes de pétrole bloquent la lumière et empêchent la photosynthèse, compromettant leur habitat.

Enfin, le conflit perturbe aussi la recherche scientifique. L'accès aux zones d'étude devient difficile, voire impossible, au moment même où le suivi des écosystèmes est crucial. Les outils d'observation, notamment acoustiques, sont eux-mêmes perturbés par le bruit ambiant. Le golfe Arabo-Persique constitue pourtant un laboratoire naturel unique pour comprendre l'adaptation des écosystèmes marins au changement climatique. La disparition de ces espèces représenterait une perte scientifique majeure.

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