Au XVIIe siècle, l'armée française de Louis XIV n'était pas si hétéronormative
Au XVIIe siècle, l'armée française de Louis XIV n'était pas si hétéronormative
Alban Wilfert – Édité par Émile Vaizand – 21 juin 2026 à 9h00
Au sein des troupes du Roi-Soleil, la présence de soldats préférant les hommes n'était pas tellement un tabou. Si bien que l'homosexualité des militaires français de l'époque était parfois moquée et méprisée, mais rarement réprimée et relativement tolérée.
Temps de lecture: 5 minutes
Dans l'Antiquité grecque, la cité de Thèbes avait son Bataillon sacré, une unité d'élite apparemment composée de 150 couples pédérastiques. Au tournant du XXIe siècle, l'armée des États-Unis interdisait à ses personnels LGBT de révéler leur orientation sexuelle, en vertu de la loi «Don't ask, don't tell» (littéralement «Ne demandez pas, n'en parlez pas» en français), en vigueur entre 1993 et 2011. Alors que l'armée est souvent perçue comme un environnement façonnant une masculinité canonique et hétérosexuelle, l'homosexualité dans les rangs militaires est un phénomène documenté de longue date, tantôt valorisé, tantôt discriminé et bien souvent toléré.
Il en va ainsi dans la France du XVIIe siècle. Parmi les 450.000 gens de guerre qu'alignent parfois les armées de Louis XIV (roi de France entre 1643 et 1715), la présence de soldats préférant les hommes n'est pas un tabou. Si le mépris se fait sentir dans certaines sources d'époque, la répression effective des «habitants de Sodome», comme on les appelle alors, est rare.
L'armée de Louis XIV, nouvelle «Sodome»?
Libelles, pamphlets ou encore correspondance privée: nombreux sont les documents écrits au XVIIe siècle qui mentionnent l'homosexualité supposée de certains militaires. Le ton y est souvent moqueur, mais la concordance entre ces différentes sources offre peu de place au doute et les soldats concernés ne les démentent que rarement, vivant leur homosexualité au grand jour dans les rangs ou à la cour de Versailles.
Nicolas Chalon du Blé (1652-1730), marquis d'Huxelles et maréchal de France, fait ainsi l'objet d'une chanson à l'ironie mordante: «D'Huxelles aimera la jupe / Quand je cesserai d'aimer le vin.» S'il est renommé pour sa victoire inattendue à Denain en juillet 1712, le maréchal Claude Louis Hector, duc de Villars (1653-1734), lui, a pour «plus grande passion» son «vice d'aimer les jeunes garçons», si l'on en croit la correspondance de la princesse Palatine (Élisabeth-Charlotte de Bavière, la belle-sœur de Louis XIV), observatrice........
