Autoritarisme et coups de com’: à Carcassonne, le bilan de six mois de RN au pouvoir
Extrême droite — Enquête
Autoritarisme et coups de com’ : à Carcassonne, le bilan de six mois de RN au pouvoir
Entre retrait du drapeau européen, célébration religieuse, coupes budgétaires et pressions sur les oppositions, le maire Christophe Barthès a transformé la cité audoise en laboratoire de l’extrême droite depuis son accession au pouvoir. Un activisme qui nourrit le racisme assumé d’une partie de la population.
Sarah Khorchi (Mediacités)
21 septembre 2026 à 15h44
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« Bougnoules« Bougnoules », « nègre », « bicot ». Dans une vidéo diffusée par Midi libre le 8 septembre et devenue virale, un policier municipal de Carcassonne enchaîne les propos racistes, misogynes, homophobes, complotistes et séditieux. Les images datent de novembre 2025, soit cinq mois avant l’élection de Christophe Barthès, mais César R., l’agent en question, est un proche du maire Rassemblement national (RN). Cet ancien militaire faisait partie du service d’ordre du RN lors du déplacement de Jordan Bardella à Carcassonne, le 7 février 2026, en soutien au candidat local.
Cette logorrhée xénophobe est révélatrice du lourd climat subi par une partie des habitant·es de la cité audoise, où un·e votant·e sur quatre a donné sa voix à l’extrême droite en mars. Pour Patrice, un Carcassonnais qui a requis l’anonymat, jusqu’ici, le « racisme ordinaire » était « condamné socialement », mais il se banalise depuis six mois.
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La « libération de la parole raciste », illustre-t-il, c’est « une voisine » dont le chien a manqué de mordre un homme qui distribuait des prospectus et qui lui a expliqué que c’est la pigmentation de sa peau qui ne convenait pas à l’animal. « Quand il passera par la porte des garages, tu seras bien content que mon chien l’attaque », lui aurait rétorqué la riveraine, alors que le quinquagénaire s’interposait.
Libération de la parole raciste
Né à Carcassonne de parents étrangers, cet investisseur immobilier a lui‐même reçu des remarques xénophobes : « Va t’occuper de tes minarets », lui aurait‐on lancé lors d’une récente altercation. Sur les réseaux sociaux, là aussi la violence raciste se déchaîne : « Dégénérés inférieurs gauchistes collabos des nègres et bougnes s’épandant sur nos terres pures », lui a écrit un internaute lorsque Patrice a relayé une pétition contre la venue du Canon français, un organisateur de banquets identitaires qui a défrayé la chronique, en avril 2026, suite à des propos racistes et des saluts nazis. Des insultes punissables d’une amende de 1 500 euros.
Il n’est pas le seul à subir la vague brune. Originaire de Paris et installée depuis une décennie à Carcassonne, Marie tient un commerce alimentaire dans la vieille ville depuis cinq ans. Quand Christophe Barthès a été élu, cette métisse d’une quarantaine d’années a « paniqué » : « Je me suis dit : ils veulent qu’on rentre chez nous, mais c’est où chez nous ? » Six mois plus tard, elle fait l’amère expérience de ce que signifie vivre sous un pouvoir d’extrême droite.
Marie dirige une équipe qui comporte des personnes racisées. L’une de ses employées porte un voile. « Un jour, un client a dit qu’il refusait de se faire servir par une “bâchée” », raconte la commerçante. À son domicile, la jeune femme accueille depuis plusieurs années un jeune homme béninois de 22 ans. « J’ai peur quand il sort seul. Je me retrouve à lui expliquer des choses que je n’aurais pas imaginées, comme quel vêtement ne pas porter pour ne pas attirer l’attention », assure‐t‐elle.
Mesures symboliques et coups de com’
Les premiers actes du nouvel édile la confortent dans son inquiétude. « Dehors les drapeaux européens à la mairie ! Place aux drapeaux français », poste le maire sur ses réseaux sociaux dès son intronisation, le 29 mars, sous une vidéo où on le voit décrocher le drapeau bleu et or de la façade de la mairie. L’europhobie de cet exploitant agricole ne l’a pourtant pas empêché d’empocher 300 000 euros au titre de la politique agricole commune (PAC) entre 2010 et 2025.
Dans une autre mise en scène, Christophe Barthès se présente assis derrière son bureau, documents entre les mains, pour présenter son arrêté antimendicité, pris fin mars. Le recours déposé par la Ligue des droits humains (LDH) a été rejeté par le tribunal administratif de Montpellier. En août, l’association a attaqué un second arrêté, encadrant cette fois les tenues vestimentaires jugées indécentes. Des recours qui ont valu à l’association de perdre sa maigre subvention municipale de 300 euros.
Une victoire inattendue
Selon la plupart des observateurs politiques, la victoire du Rassemblement national à Carcassonne dans le cadre d’une triangulaire a surpris jusqu’à Christophe Barthès lui‐même. Celle‐ci s’explique par la division de la droite, Gérard Larrat, le maire sortant, affrontant son ancien directeur de cabinet François Mourad. Au........
