"Faire le pari du peuple, ce n’est pas flatter les colères ni céder aux peurs : c’est refuser le mépris"
La France traverse une crise politique profonde. Jamais nos concitoyens n’ont eu à ce point le sentiment que les décisions se prennent loin d’eux, sans eux, parfois contre eux. Jamais le décalage n’a été aussi grand entre leurs attentes et les réponses apportées par notre classe politique.
Pourtant, telle une lueur d’espoir, les sondages révèlent l’existence d’aspirations largement partagées par les Français. En s’appuyant sur ces attentes majoritaires, nous soutenons qu’il est possible de bâtir un projet politique, à condition d’accepter un changement de méthode : faire (enfin) le pari du peuple.
La fracturation n’est pas inéluctable
Seuls les Français disposent des qualités et de la légitimité nécessaires pour surmonter les crises auxquelles notre pays est confronté. Faire le pari du peuple, c’est s’en remettre à l’intelligence collective des Français. Les volontés des citoyens ne doivent plus être instrumentalisées par des mesures démagogiques ou court-termistes. Elles doivent constituer la feuille de route d’un projet politique structurel. Il existe une majorité dans ce pays pour un destin commun : la société française n’est ni irrémédiablement fracturée ni radicalisée.
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La troisième édition du Baromètre des territoires – étude réalisée auprès de 10 000 Français – montre que nos concitoyens aspirent d’abord à la tranquillité, à la stabilité et à vivre dignement de leur travail. Ils demeurent attachés à l’idée de « faire nation » et se rejoignent largement autour de deux exigences : la justice sociale et la sécurité.
Relancer la sécurité et les services publics
Les Français restent attachés à la démocratie mais ne se reconnaissent plus dans son fonctionnement. Ils demandent à être davantage écoutés et consultés, à devenir pleinement acteurs de la vie du pays. Cette nécessité s’accompagne d’une forte demande de souveraineté, notamment dans l’industrie, l’agriculture, l’économie ou l’immigration. Attachés à un projet européen, ils perçoivent les limites de l’Union européenne et exigent que leurs volontés collectives soient respectées et non remises en cause par des institutions supranationales, comme le montre l’exemple du traité avec le Mercosur. L’inquiétude face à l’insécurité et à la violence est croissante. Les Français entendent vivre en paix et attendent des mesures efficaces et fermes pour protéger l’intégrité physique et morale de tous.
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Sur l’immigration, une majorité exprime depuis plusieurs années le désir qu’elle soit mieux maîtrisée, voire réduite. Favorables au droit d’asile, ils rejettent le « laisser-faire » fragilisant la cohésion nationale et constatent les difficultés d’intégration. Ils restent attachés à la fraternité républicaine, condamnent le racisme et défendent la laïcité comme cadre d’un avenir commun. La santé, l’éducation et le climat sont des préoccupations majeures. Les Français plaident pour un système de soins plus efficace et accessible, une école publique qui transmette les savoirs fondamentaux tout en développant l’esprit critique et restaure l’autorité ainsi qu’une transition écologique juste et portée par tous. Une écologie imposée d’en haut, sans tenir compte des réalités populaires et territoriales, est vouée à l’échec, comme l’a montré la mise en œuvre des zones à faibles émissions (ZFE).
Un changement de paradigme sur le travail et l’économie
Le travail reste central : il doit être compatible avec une vie sociale et familiale, porteur de sens et qui n’abîme pas. Les Français craignent le chômage et veulent maintenir notre modèle d’indemnisation, tout en luttant contre les abus. Ils attendent un redressement économique, des mesures pour améliorer le pouvoir d’achat et garantir la justice sociale. Le budget de l’État doit se concentrer sur les services publics essentiels, tout en limitant les gaspillages. Ils réclament une fiscalité juste soutenant le régime social, l’agriculture et l’industrie. Opposés aux mesures d’austérité, ils privilégient une politique de relance.
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Face à la mondialisation et aux concurrences déloyales, la désindustrialisation est perçue comme un symptôme d’impuissance publique. Les Français souhaitent une France qui produise, innove et protège, avec un État stratège et l’encouragement de l’initiative privée. Sur la scène internationale, ils revendiquent une France indépendante, respectée et capable de défendre ses intérêts et ses valeurs.
La présidentielle : un moment de vérité
L’échéance présidentielle sera primordiale. Nous ne pouvons pas accepter qu’elle se réduise, une nouvelle fois, à une compétition de personnes au cours de laquelle les citoyens seraient relégués au rôle de simples spectateurs. Le pays ne peut plus se le permettre.
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Faire le pari du peuple, ce n’est pas flatter les colères ni céder aux peurs. C’est refuser le mépris. C’est accepter que la démocratie soit exigeante, parfois inconfortable, mais toujours préférable à l’impuissance technocratique. Gouverner sans le peuple, ou contre lui, mène à l’échec. Gouverner avec lui est la seule voie pour sortir de l’impasse. Alors que le champ politique est fragmenté, que chacun des partis actuels entretient ses clientèles, ses peurs et ses boucs émissaires, il est indispensable qu’une nouvelle force se constitue et qu’un candidat assume, enfin, de porter et de faire siennes les aspirations majoritaires des Français.
